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Frida Kahlo : l’incroyable vie de la mythique artiste mexicaine

Première artiste mexicaine reconnue à l’international, Frida Kahlo aura ouvert la voie à de nombreux artistes centre-américains et inspiré beaucoup de femmes dans le monde entier. Si l’Œuvre de Frida Kahlo continue à faire autant parler d’elle aujourd’hui, plus de 60 ans après sa mort, c’est parce qu’elle est absolument unique, précurseur, anticonformiste et intemporelle. Indissociable de son Œuvre, la vie de Frida Kahlo fut elle-même singulière, caractérisée par des souffrances intenses mais aussi par un amour inconditionnel envers ses deux raisons de vivre : la peinture et Diego Rivera.

I – La vie de Frida Kahlo

1. Sa naissance

Frida Kahlo est née le 6 juillet 1907 à Mexico. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, elle n’est pourtant pas d’origine mexicaine, bien qu’elle ait tout au long de sa vie fortement affirmé son nationalisme ! Elle falsifia même sa date de naissance au 7 juillet 1910 afin de la faire correspondre à l’année du commencement de la Révolution Mexicaine, qui dura dix ans et conduisit à la fondation du Parti National Révolutionnaire en 1929. Née sous le nom complet de Magdalena Carmen Frida Kahlo Calderón, ce n’est pas un hasard si elle choisit de se faire appeler par son troisième prénom : « Frida » signifie « la paix » en allemand !

Sa mère, Mathilde Caldrerón y González, est née à Mexico elle aussi, au sein d’une famille de généraux d’origine espagnole et amérindienne. C’est à Mexico qu’elle rencontra Guillermo Kahlo, un immigré né en Allemagne sous le nom de Carl Wilhelm Kahlo. Arrivé au Mexique à l’âge de dix-neuf ans, il fit modifier officiellement son prénom dès son arrivée afin de se fondre plus facilement dans son pays d’adoption.

Mathilde et Guillermo eurent quatre filles, Frida étant la troisième née. De condition plutôt aisée, la famille Kahlo vivait dans le quartier de Coyoacán dans une petite maison baptisée « Casa Azul » (Maison Bleue) qui est actuellement un musée dédié à la vie et l’œuvre de Frida Kahlo.

2. Son enfance

L’enfance de Frida Kahlo ne fut pas vraiment heureuse. Née juste après la perte de l’unique fils qu’auraient eu ses parents, Frida fut en partie élevée par une nourrice, tandis que sa mère était plongée dans une dépression et ne montrait aucun intérêt envers elle. Frida grandit dans une atmosphère froide et tendue : son père devaient travailler deux fois plus pour nourrir sa famille durant la révolution mexicaine, lui et Mathilde se disputaient sans cesse et deux des sœurs de Frida furent envoyées loin de la maison afin d’être élevées par des bonnes sœurs.

Dès sa naissance, Frida fit preuve d’une santé très fragile, puisqu’elle était atteinte d’une malformation congénitale touchant la colonne vertébrale appelée « spina bifida ». A l’âge de six ans, elle fut également touchée par une poliomyélite qui se manifesta par des douleurs chroniques mais provoqua aussi l’atrophie de sa jambe droite en stoppant le développement de son pied de manière irréversible. Frida avait été contrainte de rester alitée durant neuf mois, à un âge où l’on préfère se mêler aux autres enfants et jouer en plein air. A la suite de cette maladie, Frida était contrainte de se déplacer en boitant, ce qui la mit très jeune à l’écart des autres enfants. Ceux-ci l’appelaient « Frida la coja », qui signifie en français « Frida la boiteuse ».

Frida avait toujours été plus proche de son père que de sa mère, et cette expérience rapprocha encore plus le père et la fille. Guillermo Kahlo souffrait depuis des décennies de crises d’épilepsie fréquentes : depuis son plus jeune âge, Frida avait appris à s’occuper de son père durant ces crises. Tous les deux avaient une santé fragile et ils comprenaient parfaitement la souffrance de l’autre.

Dans ce contexte, Frida était malgré tout une excellente élève à l’école. Très intelligente, elle fut cependant contrainte de souvent changer d’établissement scolaire, pour diverses raisons. D’abord, les parents de Frida firent admettre leur fille dans une école allemande qui, selon son père, mènerait leur fille sur la voie de la réussite scolaire et de la discipline. Cependant, Frida avait beau être une bonne élève, elle avait tout de même un caractère rebelle et elle n’hésitait pas à l’affirmer. Elle fut exclue de cette école sous le prétexte qu’elle avait désobéi aux règles établies. Ses parents l’inscrivirent ensuite dans une école professionnelle préparant au métier d’enseignante, mais une fois de plus, Frida quitta l’établissement lorsque ses parents apprirent que l’une de ses institutrices avait abusé d’elle.

A l’âge de 16 ans, la jeune fille fut admise, grâce à ses excellents résultats scolaires, au sein de la prestigieuse Escuela Nacional Preparatoria, considérée comme la meilleure école du Mexique. Là-bas, elle s’intéressa aux sciences naturelles et envisagea de devenir médecin.

A cette époque, Frida aimait déjà les Beaux-Arts et en particulier la peinture. Son père était photographe et peignait également des aquarelles à ses heures perdues. Il avait transmis à sa fille son goût pour l’art. Durant son enfance, Frida avait pris quelques cours de dessin et elle avait beaucoup aidé son père à coloriser, retoucher et développer ses photographies, mais elle n’avait jamais pensé que l’art pourrait devenir pour elle une carrière.

Au sein de l’Escuela Nacional Preparatoria, Frida Kahlo travaillait très dur dans l’espoir de réaliser un jour son rêve de devenir médecin. Elle commença également à cette époque à s’intéresser à la politique : comme beaucoup d’autres jeunes filles et jeunes garçons de son âge, Frida Kahlo aspirait à contribuer à sa façon à construire la nouvelle identité de la nation mexicaine suite à la constitution mexicaine de 1917. Elle fit partie d’un groupe d’étudiants qui se revendiquaient comme révolutionnaires et se faisaient appeler les « Cachudas ».

3. Son accident et le début de sa carrière artistique

Le 17 septembre 1925, la vie de Frida Kahlo fut encore une fois marquée par un drame. La jeune femme avait dix-huit ans. Alors qu’elle rentrait de l’école, le bus dans lequel elle se trouvait dévia de la route et provoqua un accident terrible en rentrant dans un tramway. Il y eut plusieurs morts et d’autres personnes furent gravement blessées, dont Frida.

Dans l’accident, une barre de fer était venue lui transpercer l’abdomen, touchant également sa cavité pelvienne. Elle aura d’ailleurs laissé des cicatrices permanentes à l’intérieur de l’utérus de Frida, l’empêchant définitivement d’avoir des enfants. Aussi, la jeune femme subit dans l’accident un nombre important de fractures graves : onze au niveau de sa jambe droite, mais aussi une fracture du pied droit, du bassin, de la colonne vertébrale et du col du fémur. En plus de tout cela, Frida Kahlo avait également plusieurs côtes brisées et une épaule démise.

La jeune femme fut transportée en vitesse à l’hôpital, où elle resta un mois et subit de nombreuses opérations chirurgicales. Une fois rentrée chez elle, elle fut obligée de rester alitée encore durant deux mois. Les médecins lui firent porter un corset en plâtre durant neuf mois afin de lui permettre de supporter sa colonne vertébrale. Mais un an après l’accident, un médecin remarqua que Frida avait toujours une vertèbre lombaire fracturée et elle fut contrainte de retourner à l’hôpital.

Suite à ce terrible accident, Frida comprit qu’elle aurait des séquelles tout au long de sa vie, qui la feraient notamment souffrir en position debout. Elle ne pourrait donc jamais exercer en tant que médecin. Alors que ses rêves volaient en éclat, ses parents et surtout son père restèrent auprès d’elle pour la soutenir et s’occuper d’elle. Son père l’encouragea à peindre pour occuper les longues journées que Frida devait passer allongée sur son lit. Sa mère lui fit construire un chevalet spécialement adapté pour qu’elle puisse peindre en restant couchée. Elle plaça également un miroir au-dessus de son lit à baldaquin afin qu’elle puisse prendre son propre reflet pour modèle. C’est à cette époque que Frida peignit ses premiers autoportraits.

Au total, Frida Kahlo aura subi pas moins de 32 opérations chirurgicales tout au long de sa vie. Cet accident l’aura également plongée dans une souffrance physique et psychologique permanente qui l’accompagna jusqu’à sa mort. Cependant, Frida Kahlo était dotée d’une force mentale incroyable qui l’aida à supporter la souffrance et surmonter cette épreuve. Aussi, la peinture l’aider à sulimer son quotidien et le rendre plus vivable. Alors qu’elle était toujours alitée, l’artiste aurait dit « Je ne suis pas morte et j’ai une raison de vivre. Cette raison, c’est la peinture ».

4. Son engagement politique et sa rencontre avec Diego Rivera

Frida Kahlo a toujours été, depuis son plus jeune âge, une personne engagée, qui n’hésite pas à questionner l’ordre établi et à exprimer son opinion. Dès l’adolescence, elle avait décidé de suivre une voie différente de celle de la plupart des femmes mexicaines de son époque : elle voulait suivre une carrière, voyager, être libre. Durant toute sa vie, elle défendit la cause des femmes et se battit pour qu’elles trouvent leur place dans la société encore très machiste du Mexique de la première moitié du XXème siècle. Avec une personnalité aussi affirmée et une volonté aussi forte de changer les choses, Frida s’est naturellement tournée vers la politique.

C’est en 1928 sur les conseils de son amie Tina Modotti que la jeune artiste s’inscrivit au Parti Communiste Mexicain. Au sein du parti, Frida prônait l’égalité des classes mais aussi l’égalité des sexes. Profondément féministe et visionnaire, elle montra la voie à de nombreuses femmes artistes qui voulaient être libres, notamment en affirmant sa bisexualité, sujet à l’époque très tabou.

C’est également à cette époque que Frida Kahlo commença à fréquenter le peintre mexicain Diego Rivera, qui est lui aussi membre du Parti Communiste Mexicain. Elle l’avait déjà rencontré une première fois au cours de ses études supérieures, alors qu’il peignait une fresque à l’intérieur de son école. Déjà à cette époque, Diego Rivera lui avait plu : Frida avait alors un peu plus de quinze ans et le peintre avait vingt-et-un ans de plus qu’elle. Lorsqu’elle le revit, ce fut le véritable coup de foudre ! La jeune femme se remettait à peine de sa maladie et elle tomba instantanément sous le charme de cet homme qui avait voyagé et rencontré les plus grands artistes internationaux.

Diego Rivera avait déjà à cette époque une belle carrière derrière lui. Il avait notamment travaillé pour le gouvernement et ses fresques murales étaient déjà reconnues. Admirative de son travail et de son Œuvre, Frida lui demanda de lui donner son avis sur les peintures qu’elle-même réalisait. Diego Rivera décela un immense talent chez elle. Ils avaient de nombreux points communs, les mêmes opinions politiques, la même passion pour la peinture et surtout, ils s’admiraient mutuellement. Un an plus tard, le 21 août 1929, ils se marièrent à Coyoacán. Physiquement, ils étaient à l’opposé l’un de l’autre et l’on disait souvent qu’ils formaient un couple étrange. Le père de Frida aurait résumé ce sentiment dans la célèbre phrase : « C’est la rencontre entre un éléphant et une colombe ! ».

Diego et Frida s’installèrent à Coyoacán, dans une maison particulière qui correspondait parfaitement à leur idée du mariage. Ils vivaient en effet dans deux bâtiments distincts, celui qui appartenait à Frida étant bleu comme sa maison d’enfance et celui qui appartenait à Diego étant blanc et rose. Ces deux bâtiments étaient reliés en un seul endroit par un pont. Comme cette étrange maison, les deux amants auront été, tout au long de leur vie, à la fois indépendants et unis. Leur relation aura été aussi passionnée que toxique. Chacun d’entre eux n’hésitait pas à tromper l’autre et ils se séparèrent à plusieurs reprises pour mieux se retrouver ensuite.

5. Sa carrière artistique

Au mois de novembre de l’année 1930, Diego fut appelé aux Etats-Unis pour réaliser une commande ambitieuse pour le gouvernement américain. Il devait peindre deux fresques murales, l’une pour le San Francisco Stock Exhange et l’autre pour l’actuel San Francisco Art Institute. Frida accepta de le suivre et le couple emménagea à San Francisco.

L’année suivante fut marquée par un drame puisque Frida, qui était enceinte, fit sa première fausse couche. Les séquelles de l’accident avaient rendu extrêmement compliqué le développement d’un bébé à l’intérieur de l’utérus de la jeune femme. Elle était dévastée mais, une fois de plus, sa peinture et son amour pour Diego Rivera lui permirent de surmonter cette épreuve difficile.

Durant leur séjour en Californie, le couple eut l’occasion de rencontrer beaucoup d’artistes et de mécènes, ce qui fut très bénéfique pour la carrière de Frida. En 1931, elle peignit notamment « Frida Kahlo et Diego Rivera », un portrait d’elle-même aux côtés de son mari, qu’elle offrit à Albert Bender, un célèbre mécène d’art qui avait permis à Diego Rivera d’obtenir un droit d’entrée sur le territoire américain.

Dès l’année 1932, Diego et Frida s’étaient fait un nom aux Etats-Unis. Une autre commande du gouvernement amena le couple à déménager de nouveau, pour se rendre cette fois à Détroit. C’est ici que Frida, qui était retombée enceinte, subit sa seconde fausse couche. Contrainte d’avorter à l’Hôpital Henry Ford de Détroit, elle exorcisa sa peine dans une nouvelle peinture qui devint l’une de ses plus célèbres : « Le Lit volant ». La détresse de Frida était d’autant plus forte que celle-ci avait eu le fol espoir de mener cette grossesse à terme. Effectivement, elle avait consulté un spécialiste dès le moment où elle se savait enceinte, afin de savoir si elle pourrait espérer faire naître cet enfant ou si elle devait avorter dès le début. A ce moment-là, le médecin qui l’avait reçue avait estimé qu’elle pourrait accoucher du bébé par césarienne. Il s’était malheureusement trompé.

A partir de ce second drame, Frida commença à se sentir mal à l’aise aux Etats-Unis. Même si elle restait fascinée par les progrès industriels et sociaux de ce pays, elle ne pouvait plus supporter la mentalité américaine et surtout, elle avait le mal du pays. Elle souhaitait rentrer au Mexique, mais Diego se plaisait aux Etats-Unis et sa carrière artistique atteignait un point culminant. Frida se mit à peindre de nombreux tableaux exprimant ce mal-être, dont le plus connu est « Autoportrait à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis ». Le 15 septembre 1932, Frida perdit sa mère alors qu’elle vivait toujours aux Etats-Unis.

En 1933, Diego accepta de rentrer au Mexique avec Frida. Le couple ne retourna pas vivre à Coyoacán, mais à San Ángel. Frida fut à nouveau contrainte de subir une intervention chirurgicale. L’année suivante, elle apprit que son mari avait une relation extraconjugale avec sa propre sœur, Cristina. Suite à cette découverte, Frida quitta le foyer marital pour partir vivre seule à Mexico, puis à New York avec deux amies. Durant cette période, elle eut des relations avec d’autres hommes et d’autres femmes. Elle peignit également le tableau « Quelques petites piqûres » dans lequel elle faisait allusion à un fait divers. Un homme avait assassiné sa femme en la poignardant plusieurs fois après avoir découvert que celle-ci la trompait. Durant son procès, il avait affirmé que ce n’était que « quelques petites piqûres ». En représentant cette scène dans son tableau, Frida faisait aussi référence à elle-même puisque l’assassin est dessiné avec le visage de son mari.

Frida Kahlo ne revint au Mexique que lorsque la liaison entre son mari et sa sœur prit fin. Elle retourna alors vivre avec Diego. Puis, en 1937, ce fut au tour de Frida de le tromper. Le Mexique avait accordé l’asile politique au révolutionnaire Léon Trotski grâce au soutien de Diego Rivera. Léon Trotski séjourna avec le couple dans la Maison Bleue de Coyoacán et il eut une brève liaison avec Frida. Celle-ci lui offrit un tableau intitulé « Sous les rideaux » dans lequel elle se représentait elle-même, debout, tenant dans les mains une lettre dédicacée à Léon Trotski. Cette lettre disait « Pour Léon Trotski, je dédicace cette peinture avec tout mon amour ».

L’année suivante, Frida se rendit à New York afin d’exposer vingt-cinq de ses œuvres au sein d’une galerie. Plus de la moitié furent vendues ! Elle y rencontra le photographe Nickolas Muray, avec qui elle eut également une liaison.

De retour au Mexique, le couple accueillit l’écrivain surréaliste français André Breton et sa femme Jacqueline dans la Maison Bleue de Coyoacán. Frida se lia d’amitié avec Jacqueline et André Breton lui proposa de venir à Paris l’année suivante afin de présenter ses œuvres au sein d’une exposition sur le Mexique. Frida se rendit donc à Paris en 1939. Elle détesta Paris et surtout l’événement, bien qu’il fût extrêmement décisif pour la suite de sa carrière.

Frida reprocha notamment au public parisien d’interpréter ses toiles de travers. On la dépeignait comme une artiste surréaliste et cela lui déplut beaucoup. A ce propos, elle écrivit : « Ce n’est pas juste. Je n’ai jamais peint de rêves. Ce que j’ai représenté était ma réalité ». Cela lui laissa l’amère impression d’être incomprise dans son art. De plus, l’exposition sur le Mexique avait donné, selon elle, une image fausse et surfaite de son pays.

Pourtant, cet événement qu’elle avait détesté lui permit de gagner une reconnaissance phénoménale en-dehors du continent américain, faisant d’elle la seule artiste mexicaine connue dans le monde entier. En effet, Frida y rencontra notamment de nombreux artistes de renommée internationale, qui adorèrent son travail, comme par exemple Pablo Picasso et Vassili Kandinsky. Aussi, le musée du Louvre lui achète une peinture intitulée « Le Cadre », qui est aujourd’hui célèbre pour avoir été la toute première œuvre d’un artiste mexicain à jamais avoir été achetée par un musée étranger !

Au mois de décembre 1938, Frida et Diego divorcèrent car ils ne s’entendaient plus. Mais deux ans plus tard, alors que Frida était à San Francisco pour se faire une nouvelle fois soigner au niveau de la colonne vertébrale, Diego la rejoignit et lui demanda une nouvelle fois de l’épouser. Le couple se maria de nouveau le 8 décembre 1940 à San Francisco, puis Frida et Diego rentrèrent au Mexique et s’installèrent à nouveau dans la Maison Bleue.

En 1942, la carrière artistique de Frida Kahlo prit un nouveau tournant lorsqu’elle est choisie pour faire partie des vingt-cinq personnalités membres du Seminario de Cultura Mexicana, un organisme créé pour encourager la diffusion de la culture dans le pays. Cet événement marque le début d’une réelle reconnaissance de l’œuvre de Frida Kahlo au Mexique. L’année suivante, elle enseignait la peinture à l’Académie des Beaux-Arts du Mexique, cependant, sa santé fragile l’obligea à donner les cours chez elle. Après encore une opération de la colonne vertébrale en 1946, la santé de Frida déclina très rapidement, malgré les nombreuses opérations et soins qu’elle aura subis à partir des années 1950.

6. Sa difficile fin de vie

En 1950, Frida Kahlo fut contrainte de retourner une nouvelle fois à l’hôpital, où elle fut à nouveau opérée de la colonne vertébrale. L’opération provoqua une sévère inflammation dans son dos et elle fut à nouveau obligée de se faire opérer. Au total, elle resta neuf mois alitée à l’hôpital et subit sept interventions chirurgicales. Ce ne fut qu’après la sixième opération que l’artiste put se remettre à peindre, mais en position couchée seulement, comme elle l’avait fait lorsqu’elle peignait ses tous premiers tableaux.

En 1953, la photographe Lola Álvarez Bravo consacra une exposition à Frida Kahlo et l’invita au vernissage : l’artiste ne pouvant pas quitter son lit d’hôpital, elle fut une nouvelle fois contrainte d’assister au vernissage couchée. Peu après, sa jambe droite fut atteinte d’une sévère gangrène et les médecins décidèrent de l’amputer. Suite à cette opération, Frida tomba dans une dépression profonde et six mois plus tard, elle écrivait dans son journal que depuis son amputation, elle n’avait jamais cessé de vouloir mettre fin à ses jours, mais seul son amour pour Diego l’en empêchait. Durant les mois qui suivirent, elle souffrit énormément, aussi physiquement que psychologiquement, et son état de santé de dégrada très rapidement.

Le 13 juillet 1954, Frida Kahlo s’éteignit suite à une embolie pulmonaire. Elle avait souhaité être incinérée pour ne pas avoir à souffrir davantage d’une position couchée : sa demande fut respectée et ses cendres furent déposées dans une urne à l’intérieur de la Maison Bleue.

II – L’œuvre de Frida Kahlo

Parmi près de 150 tableaux peints tout au long de la vie de Frida Kahlo, on compte un peu plus de 55 autoportraits. Ce n’est pas un hasard si l’autoportrait est devenu le genre préféré de l’artiste : celle-ci commença effectivement à peindre alors qu’elle était couchée à l’hôpital après son accident. Elle n’avait alors pas d’autre choix que de représenter sa propre image, qu’elle voyait reflétée dans un grand miroir au-dessus de son lit à baldaquins. De plus, la peinture fut pour Frida Kahlo, depuis son accident et jusqu’à sa mort, un exutoire. Elle y peignait sa douleur physique et cela lui permettait de se décharger d’un peu de cette souffrance.

L’œuvre de Frida Kahlo est une véritable autobiographie. L’artiste s’est représentée à la naissance, mais aussi enfant, en compagnie de ses parents ou de son mari, et bien sûr adulte, aux différentes étapes de sa vie : ses nombreuses opérations, ses fausses couches, son séjour aux Etats-Unis, sa rencontre avec Léon Trotski… Si les autoportraits de Frida Kahlo étaient si uniques, c’est aussi parce qu’elle y représentait la douleur sans filtre, sans se préoccuper de choquer ou de déranger le spectateur. Très peu d’artistes osaient le faire. De ce fait, on a tendance à penser que Frida était une artiste au caractère triste et sombre, et pourtant c’était tout le contraire ! Ceux qui l’ont connue affirmaient que Frida était une femme optimiste et gaie.

A travers ses toiles, Frida Kahlo a également largement représenté son attachement au Mexique. Ainsi, elle se peignait souvent vêtue de costumes traditionnels mexicains, notamment portant la robe aux couleurs vives et aux motifs de fleurs appelée « China poblana », qui est typique de la culture mexicaine. Sur ses autoportraits, l’artiste portait également des coiffures traditionnelles comme les couronnes tressées ou les chignons agrémentés de fleurs mexicaines. Enfin, elle peignait également beaucoup d’animaux mexicains comme les perroquets et les singes, mais aussi des plantes mexicaines comme le cactus et des symboles nationaux comme le drapeau mexicain ou la « Calavera ».

Aussi, les toiles de Frida Kahlo reflètent l’engagement politique très fort de l’artiste, par exemple lorsqu’elle se représente aux côtés d’un portrait de Staline (Autoportrait avec Staline) ou lorsqu’elle évoque le marxisme (Le Marxisme redonnera la santé aux malades).

Quelques tableaux emblématiques de Frida Kahlo

1. AUTOPORTRAIT À LA FRONTIÈRE ENTRE LES ÉTATS-UNIS ET LE MEXIQUE (1932)

Frida Kahlo peignit ce tableau en 1932, alors qu’elle et Diego étaient exilés aux Etats-Unis. Nostalgique du Mexique, elle se plaisait de moins en moins dans son pays d’accueil. Dans ce tableau, elle représente le contraste très fort entre les deux pays : à gauche, le Mexique est synonyme de nature, de tradition et d’histoire, tandis qu’à droite, les Etats-Unis est synonyme d’industrialisation et de pollution. La peintre s’est représentée entre ces deux mondes, mais le drapeau mexicain qu’elle tient entre ses mains montre bien que son cœur appartient au Mexique. Il y a également une critique sous-jacente dans cette peinture. L’industrie du côté des Etats-Unis est effectivement branchée sur un générateur directement alimenté par les ressources souterraines du Mexique : une manière de pointer du doigt le fait que les Etats-Unis puisaient dans les ressources mexicaines pour bâtir leur propre industrie.

2. LES DEUX FRIDAS (1939)

Cette œuvre fut peinte suite au divorce de Frida et Diego. L’artiste représenta deux versions d’elle-même : à droite, la Frida traditionnelle que Diego aimait et à gauche, la Frida moderne à qui Diego brisa le cœur. Dans ce tableau, les deux Fridas sont liées par le cœur et se tiennent la main. A travers cette peinture, Frida cherchait à réconcilier ces deux facettes d’elle-même.

3. AUTOPORTRAIT AU COLLIER D’ÉPINES ET COLIBRI (1940)

Cette peinture évoque elle aussi la souffrance de Frida suite à son divorce avec Diego. Cette œuvre est très intéressante car elle possède une symbolique très forte. Placée au centre du tableau, Frida porte en collier une couronne d’épines, symbole de souffrance. Au centre se trouve un colibri mort, qui porte bonheur et symbolise l’espoir dans la tradition mexicaine. Le colibri semble être chassé par un chat noir, symbole de malchance tandis que sur l’épaule droite de Frida se trouve un singe, symbole du diable au Mexique, qui représente Diego.

4. LA COLONNE BRISÉE (1944)

Si ce tableau est l’un des plus connus de Frida Kahlo, c’est sans doute parce qu’il s’agit de l’un des plus tragiques qu’elle ait jamais peints. En effet, on y voit une Frida brisée par une vie de souffrances permanentes, contrainte de porter un corset d’acier pour maintenir son dos après de multiples opérations de la colonne vertébrale. Cette fois-ci, Frida s’est peinte sans aucun ornement : pas de costume traditionnel, pas d’animaux ni de plantes. Cette œuvre représente la douleur brute, sans artifice.

5. LE CERF BLESSÉ (1946)

Au moment où elle peignit cette toile, Frida Kahlo venait de subir une série d’opérations du dos à New York. Alors qu’elle avait beaucoup d’espoir et pensait que ces opérations pourraient guérir définitivement ses problèmes de dos, l’artiste fut déçue de constater que la douleur était toujours là et elle plongea dans une longue dépression. Elle avait subi neuf opérations : celles-ci sont représentées sur le tableau par neuf flèches plantées dans le corps du cerf.

6. VIVA LA VIDA, PASTÈQUES (1954)

Cette œuvre est la dernière peinture terminée par Frida Kahlo, huit jours avant sa mort. En dépit de la souffrance incessante qui a marqué la sienne, Frida rendit hommage à la beauté de la vie en inscrivant sur un tableau de 1952 : « Viva la vida – Coyoacán 1954 – Mexico ». Ce geste était pour elle une façon de dire adieu à la vie afin de pouvoir accueillir la mort à bras ouverts, comme lorsqu’elle écrivit dans son journal intime : « J’espère que la sortie sera joyeuse… et j’espère bien ne jamais revenir ».

III – Frida Kahlo, une véritable icône

Aujourd’hui, la vie et l’œuvre de Frida Kahlo continuent de fasciner. Reconnue à travers le monde entier, l’artiste mexicaine est bien plus qu’une personnalité artistique et culturelle : elle est une icône.

Véritable symbole de la culture mexicaine, Frida Kahlo a largement contribué, de son vivant, à la construction d’une identité nationale mexicaine, que ce soit grâce à son engagement politique ou à travers son œuvre. En effet, elle n’hésitait pas à peindre dans ses tableaux de nombreux éléments se rapportant à la culture, la tradition, la flore et la faune mexicaine. Ses peintures ont permis de véhiculer ces représentations à travers le monde entier.

Aujourd’hui, Frida Kahlo est également un modèle pour tous les mouvements de libération des femmes mais aussi pour les associations LGBT. L’indépendance, la volonté d’être libre et la bisexualité affirmée de Frida Kahlo ont fait de l’artiste, volontairement ou non, une figure féministe intemporelle. Au Mexique, Frida Kahlo a toujours été considérée comme un idéal de beauté et elle a inspiré de nombreux artistes, créateurs et marques.

Ainsi, le visage de Frida Kahlo est partout : des produits dérivés aux œuvres d’art, en passant par l’imaginaire collectif et la pop culture, difficile de ne pas connaître Frida Kahlo. Au Mexique, des billets de 500 pesos furent créés avec le visage de Frida Kahlo d’un côté et de Diego Rivera de l’autre : mis en circulation en 2010, ils ne furent plus fabriqués à partir du mois d’août 2018.

Enfin, dans le cinéma, la littérature et d’autres disciplines artistiques, les hommages à Frida Kahlo ne manquent pas, de même que les événements, rétrospectives et expositions dédiées à son Œuvre. Encore aujourd’hui, les peintures de Frida font l’objet de nombreuses recherches, théories, analyses et explications et certaines gardent encore leur part de mystère. Vous n’avez pas fini d’entendre parler de Frida Kahlo !