gustav klimt le baiser

Klimt : artiste symboliste hautement colORé

Très décrié de son temps, l’artiste autrichien Gustav Klimt est aujourd’hui l’une des figures-clés de l’art moderne à Vienne et dans le monde. Son style unique et original, entre symbolisme, art nouveau et impressionnisme, a marqué l’histoire de l’art et inspiré de nombreux autres artistes modernes et contemporains. Gustav Klimt était un artiste convaincu qui malgré les critiques a su livrer une Œuvre universelle et intemporelle que l’on considère à présent comme classique.

I – La vie de Gustav Klimt

1. De son enfance au début de sa carrière

Né le 14 juillet 1862 dans la banlieue viennoise de Baumgarten en Autriche, Gustav Klimt était le deuxième enfant d’une fratrie de sept. Son père, Ernst Klimt, était orfèvre ciseleur et sa mère, Anna Finster, était chanteuse d’opéra. Le couple gagnait peu d’argent, si bien que l’enfance de Gustav Klimt et ses frères et sœurs fut marquée par la pauvreté.

A l’âge de 14 ans, il entra à l’Ecole des Arts Décoratifs de Vienne aux côtés de deux de ses frères, afin d’apprendre le métier de leur père. Cette école avait été fondée comme équivalent de l’Académie des Beaux-Arts de Vienne, destinée aux étudiants originaires de la classe ouvrière, cependant, elle dispensait des cours d’un très bon niveau. Gustav Klimt eût notamment pour professeur les peintres autrichiens Julius Victor Berger et Ferdinand Laufberger, qui lui donnèrent son goût pour la peinture.

C’est à 17 ans, en 1879, que Gustav Klimt débuta sa carrière en tant que décorateur. Il faisait alors partie d’une équipe d’artisans emmenés par le peintre et décorateur Hans Makart. Son premier projet d’importance fut la conception de décorations pour le cortège d’anniversaire de mariage du couple impérial, Franz Josef et Elizabeth.

A la fin de ses études, en 1883, Gustav Klimt s’associa avec son frère Ernst Klimt et un ami du nom de Franz Matsch pour créer la « Compagnie des artistes » (« Künstlercompagnie » en viennois). Au sein de cette société, les trois artistes-artisans réalisèrent de nombreux projets, dont la plupart étaient des décorations intérieures de théâtres et salles de spectacle à Vienne et d’autres villes de l’Empire austro-hongrois. La Compagnie des artistes peignait alors beaucoup de fresques dans un style académique néo-classique. Ils décorèrent notamment les escaliers du Burgtheater de Vienne entre 1886 et 1888. Ce projet les précipita au statut de premiers décorateurs d’Autriche et leur valut de recevoir la Croix d’or du mérite artistique, qui leur fut attribuée par l’Empereur François-Joseph 1er.

A cette époque, Gustav Klimt commençait déjà à se distinguer de ses deux associés par son style unique et il se vit commissionner des projets à son propre compte, dont la salle de spectacle du vieux Burgtheater à Vienne. On le loue notamment pour ses portraits, qui sont jugés extrêmement précis et réalistes.

En 1891, Gustav Klimt et sa Compagnie des artistes achevèrent les 40 pendentifs du grand escalier du Musée des Beaux-Arts de Vienne : sur ces 40 peintures destinées à habiller les espaces encore non peints du plafond de l’escalier, les trois artistes peignirent des représentations des différentes époques de l’histoire de l’art, avec notamment toute une galerie de personnages peints dans le style unique de Klimt. Ce projet appuya encore leur excellente réputation mais il fut malheureusement le dernier pour les trois collaborateurs, puisqu’Ernst Klimt décéda l’année suivante, juste après leur père, et que la Compagnie des artistes cessa d’exister.

A la dissolution de sa société, Gustav Klimt avait déjà acquis une très bonne réputation en tant que peintre décorateur d’intérieur et il n’aurait eu aucun mal à trouver d’autres commanditaires. Cependant, il ne se sentait plus vraiment à l’aise dans le style classique académique, qui selon lui, brimait sa créativité et ne lui laissait aucun moyen d’exprimer librement son style, sa vision des choses et ses goûts personnels en matière d’art.

2. Rupture avec l’académisme et naissance de la « Sécession viennoise »

En 1890, Gustav Klimt avait déjà commencé à s’intéresser à d’autres formes d’arts, que ce soit l’art qui lui était contemporain ou les arts plus anciens mais qui ne trouvaient pas leur place au sein du modèle artistique académique. Il s’intéressa notamment au symbolisme, à l’impressionnisme venu de France et aux arts asiatiques, notamment les estampes japonaises.

Cette année, il fit la rencontre de la couturière Emilie Louise Flöge dont il tomba très vite amoureux. Elle devint alors sa compagne et sa muse : à partir de 1891, il réalisa de nombreux portraits d’elle. Tout au long de leur vie commune, il prit également plusieurs photographies d’Emilie et de lui-même. Sa relation avec Emilie fut longue et semée d’embûches puisque l’artiste eut au cours de sa vie plusieurs maîtresses qui lui donnèrent quatorze enfants illégitimes.

Au même moment où il rencontra Emilie, Gustav Klimt fit également la connaissance de nombreux artistes, notamment l’écrivain, dramaturge et médecin autrichien Arthur Schnitzler, l’écrivain et fondateur du Festival de Salzbourg Hugo Von Hofmannsthal et l’écrivain et dramaturge Hermann Bahr : les deux derniers faisaient partie du mouvement littéraire « Jeune Vienne » qui prônait le passage de la littérature naturaliste et réaliste vers un style plus moderne centré sur l’esthétisme.

A la mort de son père et de son frère en 1892, Gustav Klimt dût soutenir financièrement sa famille entière. Il se retira de la vie publique durant un moment et en profita pour étudier de près les formes d’arts qui l’intéressaient, comme l’art japonais, l’art chinois ou l’art égyptien. C’est en 1892 qu’il annonça officiellement sa rupture avec le style académique, souhaitant se diriger vers l’Art nouveau. L’année suivante, le ministère de la culture refusa que Gustav Klimt soit nominé à la chaire de peinture d’histoire des Beaux-Arts. Malgré tout, l’artiste commença à travailler sur un projet qui serait sa dernière réalisation publique : les peintures La Médecine, La Philosophie et La Jurisprudence qui devaient décorer le plafond de l’Aula Magna, le hall de l’Université de Vienne.

En 1895, Gustav Klimt assista à une exposition à Vienne qui présentait l’œuvre de nombreux artistes qui influencèrent son travail par la suite : le graveur allemand Max Liebermann, qui était fortement inspiré par le mouvement impressionniste, le peintre belge Félicien Rops qui se revendiquait des mouvements symboliste et décadentiste, le sculpteur français moderne Auguste Rodin ainsi que les artistes symbolistes Max Klinger, Arnold Böcklin.

Deux ans plus tard, le 3 avril 1897, Gustav Klimt et plusieurs de ses amis artistes lancèrent le journal « Ver Sacrum », porte-parole d’une nouvelle génération d’artistes qui avaient pour ambition de renverser l’ordre établi en art, à la manière du mouvement français « Art Nouveau ». Dans le même temps, ils créent l’Union des artistes figuratifs, un groupe présidé par Klimt et réunissant 19 artistes viennois dont l’intention était de réformer l’art autrichien pour le transporter sur la scène internationale. Ce mouvement est aujourd’hui connu sous le nom de « Sécession viennoise ». Et pour la petite histoire, l’expression « ver sacrum » signifie en latin « Printemps sacré » et elle désigne une coutume qui consistait à chasser de jeunes adultes hors de la ville afin de les pousser à fonder une nouvelle cité autre part. Avec l’aide de l’architecte art nouveau Josef Maria Olbrich, la « Sécession viennoise » se fit construire un établissement qui serait destiné à exposer leurs œuvres figuratives.

3. Une carrière artistique controversée

C’est en 1898 que Gustav Klimt peignit le tout premier tableau qui marquait sa rupture avec l’art académique : Pallas Athéna. Sur cette toile, l’artiste représenta la déesse grecque Athéna, déesse de la sagesse et de la guerre, mais aussi des artistes et des artisans. Ce tableau a une dimension ironique : la déesse se tient droite, fière, en tenue de guerre. Mais sous son visage auquel l’artiste a prêté les traits d’une très belle femme, on peut apercevoir un autre visage, celui d’une gorgone, créature de la mythologie grecque qui était considérée comme maléfique puisqu’elle était capable de pétrifier d’un seul regard. Dans ce tableau, Gustav Klimt commençait à affirmer le style si particulier qui le rendra célèbre. Il y intégra par exemple beaucoup d’éléments dorés : la lance, le casque, la côte de maille d’Athéna et le visage de la gorgone sont ainsi peints en doré. Pallas Athéna fut l’œuvre choisie pour illustrer l’affiche de la première exposition de la Sécession viennoise la même année.

En 1900, alors que la Sécession viennoise lançait sa septième exposition, Gustav Klimt présenta la première œuvre de son projet de décoration de l’Aula Magna, commencé plusieurs années plus tôt. Cette toile était celle de La Philosophie. Gustav Klimt avait choisi d’illustrer ce thème en peignant les différentes étapes de la vie humaine, de la naissance à la vieillesse. Au milieu, il représenta deux amants, nus, en pleine étreinte. Ce tableau attira les foudres du milieu universitaire : l’artiste fut vertement critiqué, on qualifia son tableau d’« érotique » et on lui reprocha d’avoir voulu débaucher les jeunes étudiants. Malgré cette critique acerbe, La Philosophie fut quand même primée d’une médaille d’or lors de l’exposition universelle de Paris.

Les deux œuvres suivantes, La Médecine et La Jurisprudence fut aussi mal accueillies par le milieu universitaire que La Philosophie. La Médecine fut présentée au public en 1901, au cours de la dixième exposition de la Sécession viennoise : sur ce tableau, Gustav Klimt représenta une femme nue, le corps en avant, aux côtés d’un enchevêtrement de corps symbolisant la maladie, la souffrance et la mort. Une fois de plus, cette toile fit scandale au sein du milieu universitaire. Klimt fut accusé de nouveau d’avoir voulu débaucher la jeunesse universitaire viennoise. L’Université de Vienne annula la commande des trois tableaux pour l’Aula Magna et demanda à l’artiste de rendre l’avance de 30 000 couronnes qui lui avait déjà été payée. L’artiste réalisa quand même le troisième tableau du triptyque, La Jurisprudence, qu’il présenta en 1907. Les trois œuvres furent achetées quatre ans plus tard par Koloman Moser, lui aussi artiste peintre et décorateur autrichien, ami de Gustav Klimt et figure de l’Art Nouveau.

Après ce scandale, Gustav Klimt n’accepta plus aucune commande publique. Un brin provocateur, il peignit en 1901 le tableau Les Poissons Rouges, initialement intitulé A mes critiques, qu’il dédie à ses détracteurs. Sur ce tableau, on peut voir une femme nue, de dos, qui montre son postérieur au spectateur. Cette peinture restera l’une des plus osées peintes par Gustav Klimt et elle était justement destinée à ceux qui critiquaient son œuvre, la trouvant trop érotique à leur goût.

Toutefois, l’artiste était soutenu par de nombreux mécènes de la bourgeoisie et de l’aristocratie, qui admiraient son style et lui commandaient des portraits d’eux-mêmes ou de leur femme : cette activité suffisait amplement à Klimt pour vivre de son art. L’artiste était par ailleurs très occupé avec les expositions récurrentes du Palais de la Sécession viennoise.

En effet, en 1902, la Sécession viennoise organisait déjà sa quatorzième exposition. Celle-ci avait pour thème la musique de Ludwig van Beethoven. Les artistes de la Sécession viennoise avaient l’ambition de créer une « œuvre d’art totale », concept né dans l’Allemagne moderne du XIXème siècle et consistant à fusionner diverses disciplines artistiques dans une seule et même grande œuvre d’art. Ainsi, ils avaient décidé de mêler l’architecture, la peinture, la musique et la sculpture au sein d’une œuvre consacrée à représenter l’œuvre de Beethoven. L’architecte autrichien Josef Hoffman créa pour l’occasion un monument qui serait à la fois un hommage à Beethoven et un espace d’exposition pour l’ensemble des œuvres de l’exposition. Parmi ces œuvres, on retrouvait une frise murale de sept panneaux illustrant la Neuvième Symphonie de Beethoven, peinte par Gustav Klimt.

La première décennie du XXème siècle aura été pour Gustav Klimt une période de productivité énorme : il fit preuve d’une créativité sans limite, affirma son style et peignit les tableaux que l’histoire a aujourd’hui retenus.

Vers 1902, Gustav Klimt voyagea en Italie, où il visita la Basilique San Vitale à Ravenne. Il fut subjugué par les mosaïques de style byzantin qui tapissent les murs et plafonds à l’intérieur de l’édifice. C’est suite à ce voyage qu’il décida d’intégrer dans ses tableaux des éléments dorés, comme le papier doré et la feuille d’or, qui rendront son style reconnaissable entre mille. C’est alors que commença la fameuse période du « Cycle d’Or » chez Gustav Klimt. Les tableaux qu’il peignit durant ces années-là étaient en grande partie des portraits, souvent de femmes, où l’or était omniprésent et venait sublimer le modèle. Parmi les œuvres du « Cycle d’Or » de Gustav Klimt, on compte notamment Les Serpents d’eau, Portrait d’Adèle Bloch-Bauer, Danaé ou Le Baiser, œuvre qui reste aujourd’hui la plus connue de l’artiste.

En 1904, le banquier belge Adolphe Stoclet, admiratif de son travail, lui commande une fresque murale pour décorer la salle à manger de son futur palais de luxe, qu’il faisait construire à Bruxelles. Ce palais serait réalisé par l’architecte Josef Hoffman. Gustav Klimt prépare une mosaïque en trois tableaux : L’Attente, L’Arbre de Vie et L’Accomplissement. Cette œuvre est une fois de plus un magnifique témoignage du style sans pareille de Gustav Klimt.

Entre 1907 et 1908, Gustav Klimt peignit son plus grand chef-d’œuvre, Le Baiser. A ce moment-là, la Sécession viennoise connaissait de plus en plus de dissensions au sein du groupe d’artistes et quelques-uns d’entre eux décidèrent d’en sortir, notamment Gustav Klimt, Koloman Moser, Carle Moll et Otto Wagner.

4. Changement de style et fin de carrière

L’année 1909 marqua la fin du « Cycle d’Or » de Gustav Klimt. Celui-ci commença à s’intéresser à d’autres gammes de couleurs et fit évoluer son style. Il se mit à peindre également de plus en plus de paysages, fortement influencé par les impressionnistes, notamment Georges Seurat et Vincent Van Gogh. Parmi ses paysages les plus connus, on cite Le Pommier, Paysage de jardin italien ou des représentations de l’Attersee, un lac de montagne où il se rendait avec sa compagne Emilie Flöge et sa belle-famille tous les étés.

Malgré son attrait nouveau pour les paysages et les représentations bucoliques, l’artiste ne cessa pas pour autant de peindre des portraits. Il continuait à répondre aux commandes que lui faisaient de riches bourgeois et aristocrates qui étaient fascinés par sa maîtrise de l’art décoratif et ses compositions pleines de couleurs et de détails. Il continua également à peindre des portraits de femmes nues, posant langoureusement. Sa participation en 1910 à la Biennale de Venise lui redonna le succès et la réputation qu’il avait connus avant le scandale des trois tableaux de l’Université de Vienne. En 1917, l’artiste fut déclaré membre honoraire de l’Académie des Arts de Vienne et de l’Académie des Arts de Munich.

L’année suivante, il décéda d’une congestion cérébrale. Il fut enterré à Vienne.

Décrié durant une bonne partie de sa carrière, Gustav Klimt laissa derrière lui un héritage qui aura eu une influence majeure sur l’histoire de l’art. Et pourtant, cet héritage fut à maintes reprises compromis ! En effet, alors qu’il était à l’hôpital, aux portes de la mort, son atelier fut cambriolé et le voleur emporta certaines de ses œuvres. Gustav Klimt avait légué la moitié de ses biens à sa muse et bien-aimée, Emilie Flöge. Mais en 1945, un incendie se déclara dans l’appartement de la couturière à Vienne, détruisant de nombreux objets personnels de Gustav Klimt, en même temps qu’une grande partie de la collection de robes cousues par Emilie. Cette même année, les nazis volèrent également les œuvres de Gustav Klimt et les brûlèrent au cours d’un autodafé. A part quelques rares peintures comme la Frise Beethoven, toujours présente à l’intérieur du Palais de la Sécession, il ne reste des œuvres de Klimt que des reproductions et des photographies, d’abord en noir et blanc et qui furent colorisées par la suite.

II – L’œuvre de Gustav Klimt

Considéré comme l’un des artistes à l’origine de la rupture opérée aux XIXème et XXème siècles entre l’art ancien (art académique) et l’art moderne (art nouveau), Gustav Klimt a livré au cours de sa carrière artistique des œuvres uniques et extrêmement complexes. En effet, on retrouve dans ses peintures un mélange de très nombreux styles, techniques et concepts. Ses œuvres sont à la croisée des chemins entre le naturalisme, le symbolisme, l’impressionnisme, l’abstrait, le figuratif, l’art décoratif et l’allégorie. On y retrouve de l’ironie, des références bibliques et des références aux civilisations antiques. Aujourd’hui, il est impossible de ne pas reconnaître un tableau de Klimt, tant ses peintures sont originales, personnelles et ancrées dans la mémoire collective.

L’Œuvre de Gustav Klimt comprend près de 230 tableaux. L’un de ses thèmes récurrents est la femme. Gustav Klimt la représente belle, sensuelle, féminine et forte. Au cours de sa carrière, il réalisa beaucoup de portraits de femmes de la bourgeoisie ou de l’aristocratie viennoise, comme par exemple Sonja Knips en 1898, Serena Lederer en 1899 ou Adele Bloch-Bauer en 1907, ce dernier portrait étant l’un de ses plus célèbres. En-dehors des portraits, un grand nombre d’œuvres de Gustav Klimt représentent des femmes, qu’elles soient le sujet principal ou un élément du tableau, comme la peinture Les Trois Âges de la femme ou les peintures faisant référence à des personnages bibliques ou de la mythologie grecque (Judith I et Judith II, Danaé).

Le second thème qui revient de manière récurrente dans l’Œuvre de Gustav Klimt est le paysage. L’artiste peignait des fleurs, des arbres, des jardins, mais aussi des paysages de montagne (notamment le lac l’Attersee). Au total, 54 tableaux de Gustav Klimt sont des paysages. L’artiste commença la peinture de paysages dès le tout début de sa carrière, alors qu’il cherchait encore son style. Il mit ce style entre parenthèse lorsqu’il fût dans sa période du « Cycle d’Or » mais il y revint à la fin de sa carrière. Entre-temps, il avait connu et admiré les œuvres impressionnistes et symbolistes et il avait affirmé son style en total rupture avec l’art académique classique : tout cela s’est largement ressenti dans sa manière de peindre des paysages à la fin de sa vie.

III – Les tableaux les plus représentatifs de Gustav Klimt

1. Frise Beethoven, 1902-1903

Cette frise en sept panneaux est présentée publiquement pour la première fois en 1902, lors de la quatorzième exposition de la Sécession viennoise. Cette fresque monumentale de plus de 34 mètres de long sur plus de 2 mètres de haut vient décorer l’intérieur d’un monument réalisé par l’architecte Josef Hoffman, rendant hommage à Ludwig van Beethoven et à l’une de ses œuvres majeures, la Neuvième Symphonie. Elle s’étend sur trois murs !

aspiration au bonheur gustav klimt
L’aspiration au bonheur, d’après l’interprétation de Richard Wagner de la IXe Symphonie de Ludwig van Beethoven, Palais du Belvédère, Vienne, Autriche

Dans cette fresque murale, Gustav Klimt illustre le célèbre morceau de Beethoven en peignant sa propre conception de la vie et des arts. Il y représente la souffrance des hommes, les forces du mal qui provoquent ces souffrances (incarnées par Typhée, un monstre qui dans la mythologie grecque symbolise le chaos et sept femmes qui sont des allégories de la folie, la maladie, la mort, la lascivité, le chagrin et l’intempérance) ainsi que les arts (représentés sous les traits de femmes) qui vont guider les hommes vers le bonheur.

Si le sculpteur Auguste Rodin et le compositeur Gustav Mahler expriment leur admiration face à cette œuvre d’art, elle ne fait pas l’unanimité au sein des critiques de l’époque, loin de là. Certains critiquent la morale de l’artiste tandis qu’un célèbre collectionneur qualifie l’œuvre de « hideuse ».

La Frise Beethoven fut achetée une première fois en 1907, par le riche industriel et collectionneur d’art Carl Reininghaus, puis une seconde fois en 1915, par la famille Lederer. En 1945, l’œuvre fut confisquée par le régime nazi, avant d’être rendue par le gouvernement autrichien à la famille Lederer. Enfin, en 1972, la frise fut rachetée par l’Etat et exposée à l’intérieur du Palais de la Sécession.

Voici La Frise Beethoven de Gustav Klimt en plusieurs parties :

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Le Chevalier d’or qui fait partie de La Frise Beethoven, 1903, Gustav Klimt, Palais du Belvédère, Vienne, Autriche
les forces du mal et les trois gorgones gustav klimt
Les Forces du Mal et Les Trois Gorgones (à droite) qui font partie de La Frise Beethoven, 1902, Gustav Klimt, Palais du Belvédère, Vienne, Autriche
douleur distordante gustav klimt
Douleur distordante qui fait partie de La Frise Beethoven, Gustav Klimt, Palais du Belvédère, Vienne, Autriche
génie et poésie gustav kliimt
Génie et poésie provenant de La Frise Beethoven, Gustav Klimt, Palais du Belvédère, Vienne, Autriche
DÉTAILS Dl'hymne à la joie gustav klimt
L’Hymne à la Joie, faisant partie de La Frise Beethoven, Gustav Klimt, Palais du Belvédère, Vienne, Autriche

2. L’Arbre de vie, 1904

Tableau central du triptyque L’Attente, L’Arbre de Vie et L’Accomplissement¸ cette peinture est restée l’une des plus connues de Gustav Klimt. C’est aussi l’une des plus symboliques et un excellent exemple d’Art Nouveau. Sur le tableau de gauche, L’Attente, Gustav Klimt a représenté une femme seule, qui s’oppose au couple qui s’enlace situé sur le tableau de droite, L’Accomplissement. La femme isolée symboliserait la solitude tandis que le couple symboliserait l’amour. Entre les deux, Klimt a peint un arbre qui est une métaphore du cycle de la vie. L’arbre est en effet symbole d’éternité, d’équilibre et de sagesse : Klimt ne l’a pas choisi au hasard !

l'arbre de vie gustav klimt
L’arbre de vie, 1904, Gustav Klimt

3. L’Espoir, 1907

Ce tableau est remarquable car Gustav Klimt a été l’un des premiers artistes occidentaux à représenter une femme enceinte dans son art. L’Espoir est un tableau qui concentre tous les thèmes chers à l’artiste : la femme, la sensualité, l’amour charnel, la fécondité, la vie sans cesse renouvelée dans un cycle sans fin.

4. Portrait d’Adele Bloch-Bauer I, 1907

Ce portrait fut commandé à Gustav Klimt par Ferdinand Bloch-Bauer, un industriel devenu riche en produisant et en exportant du sucre. Cet homme était passionné d’art et fasciné par l’Art Nouveau : il soutenait de nombreux artistes, dont Klimt, vers lequel il se tourna pour peindre sa femme Adele. Profondément reconnaissant de l’amitié et du soutien du couple Bloch-Bauer, Gustav Klimt accepta la commande avec joie et promit à Madame Bloch-Bauer de la couvrir d’or.

Pour réaliser ce portrait, l’artiste s’est donc inspiré des mosaïques byzantines de la Basilique San Vitale de Ravenne, qui l’avaient beaucoup marqué lors de son voyage en Italie. Il créa alors un portrait richement décoré sur toile, utilisant de la peinture à l’huile mais aussi le papier doré et la feuille d’or. La peinture a une majorité d’or, qui l’emporte sur les couleurs : c’est ainsi que l’a voulu l’artiste, qui considérait que l’or symbolisait la féminité et la sensualité. On reconnaît le style unique de Gustav Klimt à son utilisation de l’or en abondance, mais aussi à la précision des traits des visages qu’il peignait : le portrait d’Adele Bloch-Bauer ne fit pas exception à la règle et encore une fois, le modèle est étonnamment ressemblant et définitivement reconnaissable. Une habitude sans doute gardée de ses années de peinture naturaliste… Gustav Klimt mit trois ans à réaliser ce portrait, qu’il présenta en 1907. Cinq ans plus tard, il réalisa un second portrait d’Adele Bloch-Bauer, Portrait d’Adele Bloch-Bauer II : la femme de Ferdinand Bloch-Bauer fut l’un des seuls modèles, en-dehors d’Emilie Flöge, que l’artiste peignit plus d’une fois.

En 1938, le portrait fut malheureusement spoilé par les nazis, puis rendu à l’Etat autrichien, qui l’exposa au sein du musée du Belvédère de Vienne. En 2004, la nièce du couple Bloch-Bauer, Maria Altmann, gagna un long procès contre l’Etat autrichien, au terme duquel elle put récupérer le tableau. Puis la peinture changea à nouveau de mains lorsqu’elle fut achetée lors d’une vente aux enchères par le très riche homme d’affaires Ronald Lauder pour une valeur de 135 millions de dollars. Cette peinture à l’histoire mouvementée est désormais exposée au sein de la Neue Galerie de New York.

5. Le Baiser, 1908

Aujourd’hui l’œuvre la plus connue de Gustav Klimt, Le Baiser fut pourtant peinte durant une période difficile de la carrière de l’artiste. Klimt venait de voir son projet de la décoration de l’Aula Magna refusé, il avait été contraint d’annuler la commande et de rendre l’avance qui lui avait été faite. Son premier tableau présenté pour ce projet, La Médecine, avait été très violemment critiqué : on lui avait reproché d’avoir peint une œuvre érotique, destinée à pervertir la jeunesse universitaire. On qualifiait son œuvre de « pornographique » et on questionnait sa propre santé mentale. Ces critiques furent très dures pour Gustav Klimt : après avoir été considéré comme l’un des plus importants artistes-décorateurs de l’empire austro-hongrois au sein de la Compagnie des artistes, il voyait sa carrière prendre un tournant radicalement différent. Son Œuvre et son style étaient décriés et dénigrés. Plus aucune institution publique ne voulait faire appel à ses services. Gustav Klimt remettait ses choix, son travail et son style en question et surtout, il avait maintenant mauvaise réputation auprès du public viennois encore très puritain. Et ce n’était pas tout : l’artiste venait de quitter la Sécession viennoise et il se retrouvait à présent seul.

C’est dans ce contexte que Gustav Klimt peignit Le Baiser. Malgré les critiques, il refusait de retirer de ses œuvres les références à l’amour charnel. L’un des principaux fondements de la Sécession viennoise était la représentation dans l’art de « ce que l’on ne doit pas peindre » et même s’il ne faisait plus partie de ce groupe, Gustav Klimt en avait été le créateur et le président et il s’identifiait toujours à sa vision de l’art.

Il présenta son tableau en 1908, lors de la Kunstschau 1908, une exposition qu’il avait lui-même organisée en collaboration avec son ami architecte Josef Hoffman. Une fois de plus, le style de Klimt et la dimension érotique de sa peinture déplurent : les critiques furent incendiaires et l’exposition fut un échec financier. Cependant, la légende du Baiser de Gustav Klimt était déjà en marche : le gouvernement de Vienne pressentit en effet que cette peinture avait le potentiel pour devenir une véritable référence dans l’histoire de l’art et il acquit le tableau avant même la fin de l’exposition.

Le Baiser représente un couple enlacé. L’homme et la femme présents sur le tableau auraient été inspirés à Gustav Klimt par lui-même et sa compagne Emilie Flöge. Cette œuvre est typique du style de Klimt : de la couleur or omniprésente aux décors abstraits, en passant par la représentation très précise du visage féminin, par l’expression de la sensualité et par la présence de symboles. Le couple est en effet une allégorie de l’amour éternel, à la fois fragile et fort. On peut également noter que sur ce tableau, le visage de l’homme est dissimulé tandis que celui de la femme est parfaitement visible. Une fois de plus, Gustav Klimt met la femme au centre de sa peinture et une fois de plus, elle est représentée sous les traits d’une femme fatale, féminine et sensuelle. Pas de doutes, il s’agit bel et bien d’une œuvre du « Cycle d’Or » de Gustav Klimt !

Le Baiser est l’œuvre de Klimt qui a eu le plus d’influence sur la culture moderne, que ce soit l’art, la littérature ou encore le cinéma. Effectivement, dans son film Dracula de 1992, le réalisateur Francis Ford Coppola n’a pas hésité à s’inspirer du tableau de Klimt pour imaginer la robe que porte le vampire dans la scène finale.

6. Judith II, 1909

Fasciné par les femmes et, entre autres, par leur représentation dans la Bible, Gustav Klimt a consacré deux de ses tableaux au personnage de Judith. Dans le premier, peint en 1901 et intitulé Judith et Holopherne, il faisait référence à une scène de l’Ancien Testament dans laquelle Judith coupe la tête du général babylonien Holopherne, qui menace le peuple juif. Ce tableau représente le personnage de Judith, symbole de la femme fatale, dans une pose sensuelle, mais on ne voit pas le personnage d’Holopherne.

En 1909, Gustav Klimt peignit un second tableau intitulé Judith II dans lequel le personnage de Judith est toujours une femme fatale et sensuelle, à moitié dénudée. Cependant, cette fois-ci l’artiste a choisi de représenter la tête d’Holopherne, dans les mains de Judith. Tandis que le premier tableau met en avant seulement le côté sensuel et « femme fatale » du personnage, le second tableau montre sa dualité, entre beauté et cruauté.

Cette œuvre est parfois appelée Salomé, en référence au personnage du Nouveau Testament qui est l’équivalent de Judith. Salomé est une princesse juive qui, après avoir charmé son beau-père le roi, se voit accorder l’un de ses souhaits. Elle demande alors la tête de Jean-Baptiste, qui s’oppose au mariage de sa mère avec son beau-frère, sur un plateau. Ainsi, ce récit est également une interprétation possible du tableau de Gustav Klimt.