Pablo Picasso : plus qu’un nom, une marque légendaire !

Qui n’a jamais entendu parler de Pablo Picasso ? D’origine espagnole, cet artiste passa une grande partie de sa vie en France, entre Paris et la Provence. Il côtoya de nombreux artistes parmi ses contemporains, notamment les surréalistes français. Avec George Braque, il fonda le cubisme, dont il est toujours aujourd’hui la figure majeure. Aujourd’hui, les œuvres de Pablo Picasso sont entrées dans la culture populaire et il est l’un des artistes les plus cotés sur le marché de l’art.

I – La vie de Pablo Picasso

1. Pablo Picasso, un peintre précoce

Pablo Picasso est né le 25 octobre 1881 à Malaga. Son père, José Ruiz y Blasco, était professeur de peinture et également le conservateur du Musée provincial de Malaga. Sa mère, María Picasso Lopez, descendait d’une famille de vignerons. Pablo Picasso eut deux jeunes sœurs, María de los Dolores et María de la Concepción, respectivement nées en 1884 et 1887.

Pablo Picasso commença la peinture très jeune, poussé par son père. En 1889, alors qu’il n’avait que huit ans, il réalisa sa première peinture à l’huile, Le Petit Picador jaune. Par la suite, il garda cette première toile jusqu’à la fin de sa vie.

A l’âge de dix ans, toute la famille déménagea à La Corogne, où le père avait obtenu un poste de professeur suite à la fermeture du Musée provincial de Malaga. Quelques années plus tard, alors que le jeune Pablo n’était encore qu’un adolescent, une tragédie frappa la famille Picasso. La plus jeune sœur attrapa une diphtérie et tomba très malade. Pablo Picasso promit d’arrêter la peinture si sa sœur survivait. Malheureusement, celle-ci fut emportée par la maladie et elle décéda en 1895.

Inconsolable, Pablo Picasso noya son chagrin dans la peinture. L’année 1895 fut prolifique pour le jeune artiste. Durant l’été, il voyagea à Malaga puis à Barcelone et il peignit diverses peintures de paysages marins. Quelques mois plus tard, il réalisa également La Première communion.

la première communion
Pablo Picasso, La Première Communion, peinture d’histoire à l’huile sur toile de 166 × 118 cm de 1896, musée Picasso, Barcelone, Espagne

L’année suivante, à seize ans, Pablo Picasso entra à l’Ecole des Beaux-Arts de Barcelone. Pour l’occasion, son père loua pour lui un atelier à Barcelone, rue de la Plata. C’est ici que le jeune peintre peignit Science et Charité, toile qui décrocha une mention honorifique à l’exposition des Beaux-Arts de Madrid. Durant ses études, il se lia d’amitié avec Manuel Pallarès et fréquenta régulièrement le cabaret El Quatre Gats à Barcelone, où il exposa en 1900 plusieurs de ses toiles.

Pablo Picasso, Science et Charité, peinture d’histoire à l’huile sur toile de 197 cm × 249.5 cm de 1897, musée Picasso, Barcelone, Espagne

Entre 1900 et 1901, Pablo Picasso fit plusieurs allers retours entre Barcelone, Madrid et Paris, où il finit par s’installer en mai 1901. Après avoir signé ses premières toiles Ruiz-Picasso, puis P.R.-Picasso, le jeune peintre opta alors pour la signature que l’on connaît : Picasso.

Signature de Picasso
Signature de Picasso

Malheureusement, la vie du peintre avait été frappée par un autre drame qui l’avait laissé endeuillé et traumatisé. Plus tôt dans l’année, l’un de ses amis proches, Carlos Casagemas, s’était suicidé. Cherchant dans l’art une échappatoire à sa souffrance, Pablo Picasso peignit La Mort de Casagemas. Par son sujet, ses couleurs et son rendu, cette toile ouvrit selon lui la voie à ce que l’on appelle aujourd’hui la « période bleue » de Picasso.

2. Un début de carrière prometteur

Pendant l’été 1901, Pablo Picasso exposa ses œuvres au sein de la galerie parisienne d’Ambroise Vollard. Durant l’événement, il fit la connaissance de Max Jacob. En janvier suivant, le peintre espagnol fit l’objet d’une autre exposition parisienne aux côtés de la peintre Madeleine Lemaire et, cette fois, au sein de la galerie Berthe Weill. Pendant ce temps, il continuait à peindre des toiles dans lesquelles prédominait la couleur bleue. Il les exposa pour la première fois à la fin de l’année 1902, dans le cadre d’une autre exposition de la galerie Berthe Weill.

En 1904, Pablo Picasso s’installa au sein de la cité d’artiste du Bateau-Lavoir, un lieu fréquenté notamment par Max Jacob, Georges Braque, Henri Matisse, Guillaume Apollinaire, Jean Metzinger ou encore Fernand Léger. Bien que sa carrière soit en train de décoller, Pablo Picasso ne sortait pas de sa dépression causée par le suicide de son ami. Peu après son emménagement, il rencontra Fernande Olivier, qui devint sa première compagne et sa muse. Elle lui redonna goût à la vie. Pablo Picasso entra alors dans sa « période rose » dans laquelle ses toiles avaient une prédominance de teintes rouges et roses.

Il exposa ses toiles roses pour la première fois en 1905 à la galerie Serrurier, toujours à Paris. Puis, à l’automne, il rencontra le couple Stein, Gertrude et Léo, qui devinrent ses mécènes. Ils lui achetèrent plusieurs toiles et lui permirent d’acquérir une certaine aisance financière. L’année suivante, le galeriste Ambroise Vollard lui acheta une bonne partie de ses toiles roses. Peu après, le peintre et sa compagne partirent en voyage dans la campagne catalane, où Pablo Picasso commença une toile qui deviendra par la suite son œuvre majeure : Les Demoiselles d’Avignon.

3. Pablo Picasso, père du cubisme

A partir de 1907 et jusqu’en 1909, Pablo Picasso s’intéressa fortement à l’art africain, et notamment les masques de cérémonie utilisées dans les traditions congolaises. A cette époque, il terminait son tableau Les Demoiselles d’Avignon. On y retrouve l’influence de l’art africain dans les visages des deux femmes de droite, qui ressemblent à s’y méprendre aux masques de cérémonie africains.

En 1907, Pablo Picasso rencontra Georges Braque, qui fut absolument admiratif devant son tableau des Demoiselles d’Avignon. Il lui montra également son travail et les deux artistes devinrent non seulement amis, mais aussi collaborateurs. Ensemble, ils firent des recherches dans la continuité de celles menées par Paul Cézanne, qui disait : « Traitez la nature par le cylindre, la sphère, le cône, le tout mis en perspective. Que chaque côté d’un objet, d’un plan, se dirige vers le point central ». Leurs recherches ainsi que l’application à la lettre des consignes de Paul Cézanne les amenèrent à fonder un nouveau mouvement artistique qui se fit rapidement appeler « cubisme ». Celui-ci consistait à peindre sur un objet tel qu’il est dans l’espace, mais sur une toile en deux dimensions. Ainsi, Pablo Picasso et Gorges Braque utilisaient les formes géométriques pour représenter, sur un même sujet, toutes ses facettes, quel que soit l’angle sous lequel on le regarde.

Ce courant artistique d’avant-garde séduisit rapidement d’autres artistes : Albert Gleizes, Juan Gris, Robert et Sonia Delaunay, Francis Picabia… Mais surtout, il permit à Pablo Picasso de se faire une solide réputation dans le milieu artistique. Sa carrière était bel et bien lancée. Le peintre n’eut plus à s’inquiéter de l’argent : à partir de 1909, Fernande Olivier et lui emménagèrent dans un tout nouvel appartement, plus spacieux. Pablo Picasso s’offrit également un nouvel atelier. Là, il s’initia à la sculpture et produit ses premières œuvres en trois dimensions, dont notamment Tête de Fernande.

4. Du cubisme au surréalisme

Si la carrière artistique de Pablo Picasso était pleine de succès, sa vie personnelle connut, quant à elle, des hauts et des bas. A la fin de l’année 1910, le peintre espagnol rencontra Eva Gouel, qui ne tarda pas à devenir sa maîtresse. Les relations entre Pablo Picasso et Fernande Olivier devinrent tendues et la muse finit par le quitter en 1912. En parallèle, le peintre poursuivait ses expérimentations artistiques et il réalisa ses premiers collages, dont le célèbre Nature morte à la chaise cannée.

Trois ans plus tard, un troisième drame survint dans la vie de Pablo Picasso : le 14 décembre 1915, Eva Gouel succomba de la tuberculose. Cette tragédie lui inspira sa toile L’Enfer.

En février 1916, le peintre partit s’installer à Rome avec Jean Cocteau. Puisqu’il était de nationalité espagnole et que l’Espagne était neutre durant la Grande Guerre, Pablo Picasso n’avait pas été contraint de se mobiliser. En Italie, Pablo Picasso connut une période très prolifique. Il peignit entre autres L’Arlequin, La femme au collier et L’italienne. Il réalisa également certains décors pour les ballets russes, un projet qui lui permit de rencontrer la danseuse Olga Khokhova. Par la suite, il l’épousa et eut avec elle un fils, Paul, né en 1921.

En 1922, Jean Cocteau confia à Pablo Picasso le décor de sa pièce L’Antigone au théâtre de l’Atelier à Paris. Puis le peintre séjourna en Provence, d’abord au Cap d’Antibes puis Juan-les-Pins, avec sa femme et son fils. Durant cette période, le peintre espagnol s’intéressait à la mythologie grecque, ce qui se ressentit beaucoup dans ses œuvres. En 1923, il peignit La Flûte de Pan. Il s’éloigna aussi du cubisme pour retourner à ses premières amours, la figuration et la peinture classique académique.

En 1925, Pablo Picasso opéra un changement radical dans son style. Fortement influencé par les surréalistes et leur idée d’exprimer dans l’art leurs tourments intérieurs, il se mit à peindre des tableaux plus violents, suivant la doctrine d’André Breton : « La beauté sera convulsive ou ne sera pas ». C’est à cette époque qu’il réalisa notamment La Danse et Le Baiser.

En novembre 1925, Pablo Picasso participa à la première exposition consacrée à l’art surréaliste. Au même moment, sa relation avec Olga Khokhova devenait fragile et tendue. L’artiste rencontra Marie-Thérèse Walter, alors encore mineure, avec qui il emménagea quelques années plus tard, en 1930.

En 1933, Picasso se vit proposer une commande particulière, le dessin d’un Minotaure pour un magazine édité par Albert Skira. Il se prit d’une passion soudaine pour la créature du Minotaure et tout ce qui l’entoure et durant l’été 1934, il voyagea en Espagne, assistant à plusieurs corridas. L’année suivante, il se sépara officiellement de sa femme Olga et quelques semaines plus tard, Marie-Thérèse Walter donna naissance au second enfant de Picasso, Maya.

5. Pablo Picasso, un peintre engagé

En 1936, la guerre civile espagnole éclata, opposant le Front populaire républicain aux nationalistes dirigés par le général Franco. Le 26 avril 1937, la ville de Guernica fut violemment bombardée. Cet événement détruisit totalement la ville et provoqua la mort de plus de 1600 personnes et près de 900 blessés. Pablo Picasso en fut horrifié, à tel point qu’il se lança dans la réalisation d’un tableau ambitieux, engagé contre la guerre et qu’il intitula Guernica. Ce tableau devint son chef-d’œuvre majeur et il fut exposé au sein du Pavillon espagnol de l’Exposition internationale de Paris de 1937.

A la même époque, Pablo Picasso conçut un autre projet en protestation aux idées de Franco : un recueil de dix-huit gravures intitulées Songe et mensonge de Franco.

Durant la Seconde Guerre Mondiale, Pablo Picasso vécut à Paris. Déclaré anarchiste par les autorités, il réussit cependant à échapper à l’arrestation, en partie grâce à son statut de célébrité. Une fois la guerre terminée, le peintre retrouva une certaine joie de vivre, qui se ressentit dans ses tableaux. Ses toiles étaient, en effet, plus gaies, plus riches en couleurs. En 1944, il s’inscrivit au Parti Communiste Français, expliquant publiquement qu’il adhérait à son idéologie et qu’il admirait la manière dont ses membres avaient résisté face aux nazis.

Toutes ces guerres avaient convaincu le peintre dans sa volonté de se proclamer pacifiste. En 1949, il peignit la Colombe de la paix.

6. Les années d’après-guerre

Pablo Picasso rencontra la peintre française Françoise Gilot en 1943. Quelques années plus tard, il quitta Paris pour le Sud de la France, où il s’installa avec elle.

Lors d’une visite de Vallauris en 1946, l’artiste découvrit la céramique. A partir de ce moment-là et jusqu’à la fin de sa vie, il produisit près de 4 500 œuvres en céramique.

En 1947, Françoise Gilot donna naissance à son premier fils, Claude Picasso. L’année suivante, l’artiste-peintre vint s’installer avec elle de manière permanente à Vallauris. Pendant ce temps, sa notoriété ne cessait d’augmenter et sa carrière était à son apogée. Son œuvre hymne à la paix, La Colombe, fut choisie pour orner l’affiche du Congrès de la Paix qui eut lieu en avril 1949 à Paris. Alors que l’événement s’apprêtait à ouvrir ses portes, le second enfant de Pablo Picasso et Françoise Gilot naquit et ses parents lui donnèrent un prénom très approprié, Paloma.

En 1952, Pablo Picasso fut sollicité pour peindre l’intérieur de la chapelle de Vallauris. Il réalisa deux œuvres complémentaires intitulées La Guerre et La Paix. Aujourd’hui, la chapelle abrite le Musée Picasso de Vallauris.

En 1953, Françoise Gilot se sépara de Pablo Picasso et partit à Paris en emmenant les deux enfants du couple. Le peintre rencontra Jacqueline Roque l’année suivante et, encore un an plus tard, ils s’installèrent ensemble à Cannes, au sein de la villa La Californie. Ils y vécurent jusqu’à leur mariage en mars 1961, puis ils emménagèrent à Mougins au sein du mas Notre-Dame de Vie. Ils eurent ensemble un fils appelé Paulo.

7. Décès et postérité

Pablo Picasso décéda le 8 avril 1973, à l’âge de 91 ans, suite à une embolie pulmonaire. Il laissa derrière lui plus de 50 000 œuvres comprenant des peintures, des sculptures, des céramiques, des dessins, des estampes et des tapisseries.

Aujourd’hui, Pablo Picasso est reconnu dans le monde entier. D’après Guillaume Cerutti, actuel directeur de Sotheby’s France, Pablo Picasso est « l’artiste universel par excellence. Il est recherché comme un trophée, un nom familier, comme un artiste immense par les collectionneurs du monde entier ». Ses tableaux se vendent extrêmement cher aux enchères, de l’ordre de plusieurs millions de dollars. Par exemple, Le Rêve (1932) fut acquis par un collectionneur privé pour un total de 158 millions de dollars tandis que Les Femmes d’Alger (version O) (1955) fut vendu par la maison de ventes aux enchères Christie’s pour 161,5 millions de dollars.

En France et en Espagne, de nombreux musées sont dédiés à la vie et à l’œuvre de Pablo Picasso. C’est par exemple le cas des Musées Picasso de Paris, Barcelone, Malaga, Antibes ou Vallauris.

II – L’Œuvre de Pablo Picasso

Visionnaire et avant-gardiste, Pablo Picasso a choqué beaucoup de ses contemporains avec ses œuvres. Encore aujourd’hui, la principale critique négative que l’on peut entendre à propos de Pablo Picasso est qu’il dessinait comme un enfant. En effet, nombreux étaient les critiques qui comparèrent les peintures de Picasso aux dessins d’enfants de six ou huit ans.

Pourtant, Picasso a maîtrisé très tôt les techniques de la peinture classique. Il commença sa carrière avec du figuratif et ce n’est qu’après qu’il se tourna vers le style que l’on connaît aujourd’hui. Ce style n’est pas un manque de talent ou de maîtrise, mais bien un choix de la part de l’artiste pour s’écarter de la peinture classique et peindre avec plus de liberté, d’expression et d’émotions brutes. D’ailleurs, Pablo Picasso affirma lui-même en parlant des enfants : « Quand j’avais leur âge, je dessinais comme Raphaël mais il m’a fallu toute une vie pour apprendre à dessiner comme eux ». Il dessinait donc volontairement à la manière des enfants, en prenant exemple sur leur capacité à coucher sur le papier tout ce qu’ils ressentent ou veulent exprimer, sans être bridé par le carcan de l’art classique.

Pablo Picasso était constamment à la recherche de moyens de faire évoluer son art. Durant sa carrière, il changea plusieurs fois de style, passant par au moins six périodes différentes.

1. La période bleue (1901 à 1904)

Suite au suicide de son ami Carlos Casagemas, Pablo Picasso connut une phase de profonde dépression et cela se ressentit dans ses œuvres. Entre 1901 et 1904, l’artiste ne peignit qu’avec des couleurs froides. Beaucoup de ses œuvres de cette époque sont ainsi des monochromes bleus, comme La Vie, Les pauvres au bord de la mer, Femme aux bras croisés

Dans ces œuvres, Pablo Picasso explorait des thèmes qui traduisaient son état d’esprit du moment : la mort, la maladie, la vieillesse ou encore la pauvreté. Il mettait en scène des personnages en marge de la société, habituellement peu représentés en peinture : les pauvres, les aveugles, les mendiants…

Le peintre lui-même vivait alors dans la pauvreté. Son père continuait à soutenir son talent et son choix de carrière en lui envoyant des toiles et des tubes de peinture. Pablo Picasso était contraint de brûler ses propres dessins pour se chauffer l’hiver et il économisait ses toiles au point qu’il réalisait plusieurs peintures sur le même support.

2. La période rose (1904 à 1906)

Lorsqu’il s’installa au Bateau-Lavoir de Paris, en 1904, Pablo Picasso rencontra Fernande Olivier, l’une de ses voisines, et en tomba amoureux. Cette rencontre marqua une rupture dans son style artistique : Pablo Picasso était plus optimiste et cela se ressentait dans ses œuvres. Il se mit à utiliser plutôt des couleurs chaudes et notamment beaucoup de rose et de rouge. Les thèmes abordés dans ses œuvres étaient plus joyeux, plus insouciants. Ainsi, il peignait des personnages souriants dans des environnements ludiques et joyeux : des clowns, des saltimbanques, des arlequins, des personnages du cirque… On retient par exemple Famille d’acrobates au singe, Famille de saltimbanques, Maternité rose ou encore Le Garçon à la pipe.

3. La période cubiste (1907 à 1915)

En 1906, inspiré par l’art africain et notamment congolais, Pablo Picasso peignit les fameuses Demoiselles d’Avignon. L’artiste avait alors 25 ans. Avec cette toile, il opéra un tournant radical dans son style artistique. Les Demoiselles d’Avignon attisa la curiosité de Georges Braque et à partir de ce moment-là, les deux artistes collaborèrent ensemble et établirent les fondements du mouvement cubiste.

En 1914, Georges Braque fut appelé sous les drapeaux et cela marqua la fin de sa collaboration avec Pablo Picasso. Celui-ci s’éloigna du cubisme en 1915 mais il avait inspiré de nombreux autres artistes qui reprirent ses idées pour donner un nouveau souffle à ce courant artistique.

4. Les ballets russes (1916 à 1924)

Lorsqu’il abandonna le cubisme, Pablo Picasso revint à une peinture figurative plus classique. En 1916, il s’installa à Rome avec son ami Jean Cocteau. Par l’intermédiaire de celui-ci, il rencontra Serge de Diaghilev, directeur de la compagnie des Ballets russes, crée en 1907 à Saint-Pétersbourg. La compagnie était alors en tournée en Europe. Serge de Diaghilev proposa à Pablo Picasso de réaliser les décors et les costumes des prochains spectacles des Ballets russes et le peintre accepta. Il se lança alors dans un tout nouveau projet artistique. C’est à ce moment-là qu’il rencontra sa première épouse, Olga Khokhova, qui était danseuse au sein de la compagnie.

Entre 1916 et 1924, Pablo Picasso collabora régulièrement avec la compagnie des Ballets russes.

5. Pacifisme (à partir de 1937)

En 1937, Pablo Picasso apprit la terrible nouvelle du bombardement de Guernica par les armées franquistes. Choqué, révolté, il utilisa, pour la première fois depuis le début de sa carrière, sa peinture comme une arme politique. Il peignit le très célèbre Guernica, une peinture entre le cubisme et le surréalisme. Cet immense tableau est aujourd’hui un symbole du pacifisme.

Après Guernica, Pablo Picasso continua de s’engager contre la guerre à travers son œuvre. En 1951, il peignit également Massacre en Corée. Ce tableau fait référence au massacre de No Gun Ri qui, en juillet 1950, entraîna la mort de plusieurs centaines de civils sous le feu des armées américaines. Avec cette œuvre, Pablo Picasso prit ouvertement position contre la Guerre de Corée. Dans Massacre en Corée, le peintre fit également référence au tableau de Francisco de Goya, El tres de Mayo de 1808 en Madrid, considérée par l’historien Kenneth Clarke comme « la première grande toile qui peut être qualifiée de révolutionnaire ». Le tableau de Francisco de Goya dénonçait la guerre d’indépendance en Espagne.

6. Les sculptures de Pablo Picasso

Si Pablo Picasso est avant tout connu pour ses peintures, c’était aussi un sculpteur prolifique. Il s’intéressa déjà à la sculpture durant son enfance et durant sa carrière, il fit régulièrement des allers retours entre la peinture et la sculpture. Au cours de sa vie, Pablo Picasso utilisa tous types de matériaux pour réaliser ses œuvres en trois dimensions : le papier, l’argile, le métal, le bronze, la céramique, la tôle, le plâtre ou encore le bois.

Ses sculptures tournaient beaucoup autour de la femme : au tout début du XXème siècle, il réalisa plusieurs versions de sa Tête de femme, qui représentait sa compagne, muse et modèle Fernande Olivier. Il réalisa d’autres sculptures de femmes, comme les deux versions de la Femme enceinte de 1950 et 1959.

Enfin, Pablo Picasso créa beaucoup de sculptures cubistes comme Le Verre d’absinthe (1914), la Tête de femme de 1932 ou encore Femme au chapeau (1961).

III – Les œuvres les plus représentatives de Pablo Picasso

1. Le Petit Picador jaune, 1889

Le Petit Picador Jaune de Pablo Picasso
Pablo Picasso, Le Petit Picador Jaune, peinture d’histoire à l’huile sur bois de 24 × 19 cm de 1889

Le Petit Picador jaune est la toute première peinture à l’huile réalisée par Pablo Picasso, alors qu’il n’avait que huit ans. Cette toile représente une scène de corrida, avec des couleurs chaudes telles que le brun, le marron, le jaune ou l’ocre.

Pablo Picasso était un amateur notoire de corridas. Dès l’âge de sept ans, son père l’emmena voir sa première corrida à Malaga. Ensuite, cela devint un rendez-vous régulier pour le père et le fils. Adulte, Pablo Picasso conserva cette habitude. Lorsqu’il habitait en France, il se rendait à Arles ou à Nîmes pour assister aux ferias. Il convertit même ses amis à l’art de la tauromachie, emmenant dès 1910 Georges Braque et Max Jacob à une feria. Plus tard, il initia également Jean Cocteau, Paul Eluard, Robert Desnos, Francis Picabia et René Char aux spectacles de taureaux.

En peinture, Pablo Picasso traita le thème du taureau tout au long de sa carrière. Il était notamment fasciné par le personnage mythologique du Minotaure, que l’on retrouve dans de nombreuses œuvres : Minotaure courant (1928), Dora et le Minotaure (1936), La dépouille du Minotaure en costume d’Arlequin (1936) ou encore Masque de Minotaure (1958). Dans les œuvres de Pablo Picasso, le Minotaure ou le taureau symbolisaient souvent la réputée fougue espagnole, les impulsions sexuelles, la force voire la brutalité. Dans Guernica, le taureau que l’on peut voir en haut à gauche du tableau représente les Nationalistes de Franco, symbolisant leur brutalité et leur violence dans la Guerre civile espagnole.

2. La Vie, 1903

La Vie de Pablo Picasso
Pablo Picasso, La Vie, peinture à l’huile sur toile de 196,5 cm × 129,2 cm de 1903, musée d’art de Cleveland, Cleveland, Ohio, États-Unis

La Vie est certainement l’une des plus célèbres œuvres de la période bleue de Picasso. Peinte en 1903, elle représente toute une panoplie de personnages, tous peints dans les mêmes couleurs froides, à savoir, des nuances de bleu et de vert. On peut ainsi apercevoir au premier plan un couple enlacé qui se tient debout face à une femme, probablement mère, qui tient un bébé dans ses bras. A l’arrière-plan, on distingue un autre couple, assis au sol, qui s’enlace. L’homme apparaît réconforté par la femme. En-dessous, on peut voir un autre homme dans la même position, mais seul. Parmi tous ses personnages, seul le couple mère-enfant n’est pas nu. La mère apparaît drapée dans une sorte de toge bleu foncé et le bébé dort paisiblement, enveloppé dans un lange blanc.

Les couleurs froides confèrent au tableau une atmosphère éthérée et mélancolique, entre réalité triste et rêve. Ce tableau fait référence à Carlos Casagemas, son ami qui s’était suicidé quelques temps plus tôt. Carlos Casagemas était amoureux de Germaine, une danseuse du Moulin Rouge à Paris, mais celle-ci ne lui rendait pas son amour. Carlos Casagemas en devint fou et tenta de tuer Germaine avec une arme à feu, avant de la retourner contre lui-même et de s’ôter la vie. Sur ce tableau, le couple du premier-plan représente Carlos Casagemas et Germaine : Pablo Picasso leur a en effet prêté leurs traits. La mère et son enfant font partie du rêve : le bébé est en effet celui que Carlos Casagemas n’aura jamais avec Germaine. Les personnages de l’arrière-plan représentent eux aussi la dualité entre rêve et réalité. Le couple pourrait être à nouveau Carlos Casagemas et Germaine : il s’agit alors du rêve. L’homme seul symbolise l’amour à sens unique de Carlos Casagemas : il s’agit de la réalité.

De par ses couleurs et les expressions de ses personnages, ce tableau dégage un sentiment de tristesse qui correspond parfaitement à l’état d’esprit de Pablo Picasso au moment où il le peignit.

3. Les Demoiselles d’Avignon, 1907

Les Demoiselles d'Avignon de Pablo Picasso
Pablo Picasso, Les Demoiselles d’Avignon, peinture à l’huile de 243,9 cm × 233,7 cm de 1907

Cette immense peinture à l’huile de 243,9 cm x 233,7 cm représente cinq femmes, presque nues, qui font face au spectateur.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, Les Demoiselles d’Avignon ne fait pas référence à la ville française. En effet, Pablo Picasso a représenté dans cette œuvre les filles de joie qu’il croisait le soir, rue d’Avignon, lorsqu’il était étudiant à Barcelone. Au départ, le peintre voulut appeler son tableau Le bordel d’Avignon, mais au moment d’exposer sa toile, il fut contraint de changer de titre car celui-ci n’était pas assez vendeur.

Plutôt que le sujet choisi par l’artiste, c’est la manière de peindre qui choqua les contemporains de Pablo Picasso. Dans Les Demoiselles d’Avignon, le peintre cassa en effet tous les codes de la peinture académique, à commencer par la représentation classique de la perspective. Plutôt que d’utiliser le point de fuite et les lignes de fuites, Pablo Picasso a utilisé des formes géométriques en deux dimensions et ce sont elles qui traduisent les volumes du sujet. Surtout, il a représenté un même sujet sous plusieurs facettes à la fois, un principe qui devint par la suite l’une des règles de base du cubisme. Ses femmes sont ainsi représentées à la fois de face et de profil.

En 1924, le mécène Jacques Doucet acheta Les Demoiselles d’Avignon à son auteur, après en avoir entendu parler par le poète surréaliste André Breton. Après le décès de Jacques Doucet, l’antiquaire Jacques Seligmann fut brièvement propriétaire du tableau, avant de le revendre en 1939 au MoMA de New York. Aujourd’hui, la célèbre peinture se trouve toujours exposée au MoMA.

4. La femme qui pleure, 1937

La Femme qui Pleure de Pablo Picasso
Pablo Picasso, La Femme qui Pleure, peinture à l’huile sur toil portrait de 59,5 cm × 49 cm de 1937, Tate Modern, Londres, Royaume-Uni

Peu après avoir appris le bombardement de Guernica, Pablo Picasso se lança dans de nombreuses études préparatoires de ce qui deviendra plus tard son plus grand chef-d’œuvre : Guernica. Il réalisa notamment de nombreux portraits de femmes en pleurs après le drame. La Femme qui pleure est né de cette étude. Sur cette toile, Pablo Picasso représenta une femme en train de pleurer, le visage fragmenté en diverses formes géométriques, comme si ses traits étaient déformés par la tristesse. Cette femme est en quelques sortes l’allégorie de l’Espagne endeuillée après le drame survenu à Guernica quelques mois plus tôt.

Ce portrait est aussi celui de Dora Maar, la compagne de Pablo Picasso à cette époque. Les deux amants s’étaient rencontrés à Paris, par l’intermédiaire de Paul Eluard. Pablo Picasso avait 54 ans et elle en avait 28. Il s’ensuivit entre eux deux une passion dévorante, qui s’avéra destructrice pour la jeune femme puisque celle-ci sortit de leur relation dans une profonde dépression. En effet, bien qu’il soit considéré comme un artiste de génie, Pablo Picasso est aussi réputé pour son rapport aux femmes souvent violent. Selon ses proches, il était jaloux, possessif et exigeait de ses compagnes une totale soumission à son art et à lui-même. Ainsi, Dor Maar aurait régulièrement été battue par Pablo Picasso. Elle fut également forcée d’abandonner sa propre pratique de la photographie. Pablo Picasso aurait aussi dit d’elle : « Pour moi, Dora est une femme qui pleure. Pendant des années, je l’ai peinte en formes torturées, non par sadisme mais par plaisir. Je ne pouvais donner que la vision qui s’impose à moi, c’était la réalité profonde de Dora ». Et en effet, on ne compte plus les tableaux où Dora Maar apparaît en pleurs. La Femme qui pleure est l’un de ces portraits. Il est donc à la fois une allégorie pacifiste engagée et un témoignage, beaucoup moins glorieux, du rapport très critiqué du peintre avec les femmes.

5. Guernica, 1937

Guernica de Picasso
Pablo Picasso, Guernica, peinture à l’huile sur toile de 3,49 m × 7,77 m de 1937, musée Reina Sofía, Madrid, Espagne

Guernica est un tableau immense, qui couvre 3,5 mètres de hauteur sur 7,75 mètres de longueur. Le gouvernement espagnol avait demandé à Pablo Picasso de peindre une toile qui représenterait le pays au sein de l’Exposition Internationale de Paris. Le peintre hésita longuement mais se décida finalement pour un oui. Il chercha longtemps son sujet et c’est le 26 avril 1937 qu’il le trouva. La ville de Guernica venait d’être bombardée par les Nationalistes espagnols menés par le Général Franco. Révolté, l’artiste commença une immense toile engagée contre la guerre. Celle-ci lui prit un mois et demi de travail intensif.

Le 12 juillet 1937, la toile fut exposée à Paris et rencontra un immense succès. Ensuite, elle fut envoyée dans différents pays d’Europe et les fonds récoltés furent distribués au parti républicain espagnol. C’était le premier engagement politique de la part de Pablo Picasso. La toile partit ensuite à New York, où elle se trouvait toujours lorsque la Seconde Guerre Mondiale éclata. Elle y resta alors durant des années, avant d’être rendue à l’Espagne en 1981. Aujourd’hui, elle est exposée au Musée de la Reina Sofía, à Madrid.