Le Tigre de Franz Marc

Qu’est-ce que le fauvisme ?

Apparu en France au début du XXème siècle, le fauvisme est un mouvement artistique caractérisé par ses couleurs vives, ses aplats de couleurs et ses formes simples. Ce courant était mené par les artistes-peintres Henri Matisse, André Derain et Maurice de Vlaminck. Il n’exista en France et en Europe que durant quelques années, bien que par la suite il ait eu une influence sur des décennies d’art pictural.

I – Qu’est-ce que le fauvisme ?

1. La couleur au centre du mouvement fauviste

Une œuvre fauviste se caractérise par des formes simplifiées et des contours très visibles, souvent épais et appuyés grâce à la couleur noire. Mais surtout, la principale manière de reconnaître une œuvre fauviste est son utilisation atypique des couleurs. En effet, un tableau fauve sera à première vue assez agressif, avec ses nombreux aplats de couleurs très vives qui se côtoient sans transition ni nuances. Le pilier du fauvisme est ainsi l’expression, par le biais des couleurs, d’une émotion, d’une intention, de la subjectivité et du regard personnel du peintre sur le monde. C’est pourquoi ce mouvement pictural est très souvent associé à l’expressionnisme.

Les peintres fauves s’éloignent des injonctions de l’art académique et se rapprochent de leurs instincts pour créer un art qui leur ressemble et provoque chez le spectateur une véritable émotion visuelle. Pour cela, ils travaillent sur les couleurs. Pour les fauves, la recherche chromatique est l’élément le plus important du processus de création d’un tableau. Elle est même plus importante que le choix du sujet, la technique ou le réalisme du dessin.

Pour provoquer des émotions et sensations chez leur spectateur, les fauves misent sur des couleurs pures (c’est-à-dire, non mélangées au préalable sur la palette). Il en résulte l’impression que la toile est surchargée de couleurs vives.

De même, les fauves ne se contentent pas d’utiliser les couleurs qui correspondent à l’objet peint. Au contraire, les couleurs ne sont pas choisies de manière à refléter la réalité, mais de manière arbitraire. Ainsi, les corps humains peuvent être rouges (La Danse, Henri Matisse), les arbres roses (Le Pont de Charing Cross, André Derain) et l’eau vert foncé (Port de la Ciotat, Georges Braque). Dans Ecrits et propos sur l’art, Henri Matisse résuma la vision des fauves dans cette phrase : « Le fauvisme est venu du fait que nous nous placions tout à fait loin des couleurs d’imitation et qu’avec des couleurs pures nous obtenions des réactions plus fortes ».

Les fauves se concentrent donc sur les couleurs, peu importe le style. Ainsi, certains artistes peignent exclusivement à l’aide de larges aplats de couleurs tandis que d’autres empruntent les techniques des impressionnistes ou des pointillistes, peignant par touches de couleurs pures plus ou moins grossières.

2. Les sujets des peintures fauves

Puisque les fauves accordaient moins d’importance au sujet qu’à la couleur, ils pouvaient peindre presque n’importe quoi. La couleur n’était pas une manière de mettre en valeur un certain sujet mais plutôt, le sujet était seulement un prétexte pour peindre. Les fauvistes pouvaient alors représenter des paysages urbains (notamment le nord de la France), des paysages de nature (la Provence) ou des vues portuaires. Ils pouvaient également dessiner des portraits, des intérieurs ou des natures mortes.

3. L’origine du terme « fauvisme »

Entre le 18 octobre et le 25 novembre 1905, il fut organisé, au sein du Grand Palais de Paris, le Salon d’Automne. Cette exposition annuelle permettait aux peintres encore peu connus de montrer leurs œuvres au public. Cette année-là, la salle numéro sept du Grand Palais fut consacrée à un groupe d’artistes qui n’avaient pas encore de nom, mais qui étaient tous rassemblés par une vision commune de l’expérience chromatique en peinture. Chef de file de ce mouvement naissant, Henri Matisse exposait dix de ses œuvres. Pour sa part, André Derain en exposait neuf. Maurice de Vlaminck, Marc Chagall, Albert Marquet, Henri Mauguin et Charles Camoin exposaient cinq œuvres chacun. Avec ses couleurs criardes qui s’opposaient à tout ce que le public avait l’habitude de voir en peinture, cette salle d’exposition provoqua un scandale dans l’opinion publique.

Le journaliste du Figaro Camille Mauclair écrivit que l’on avait l’impression de voir « un pot de peinture jeté à la face du public ». Marcel Nicolle, journaliste au Journal de Rouen publia lui aussi une critique acerbe des œuvres de la salle numéro sept : « Ce qui nous est présenté n’a – à part les matériaux employé – aucun rapport avec la peinture ; ce sont des bariolages informes ; […] les jeux barbares et naïfs d’un enfant qui s’exerce avec la boite à couleurs ».

Parmi les œuvres les plus critiquées, on retrouve La Femme au Chapeau d’Henri Matisse et son très audacieux choix de couleurs. En effet, sur cette toile, le visage de la femme est à la fois vert, bleu, rose et jaune, une association de couleurs impensable à l’époque pour un portrait.

C’est dans ce contexte que le critique d’art Louis Vauxcelles employa le terme qui donnera son nom au mouvement artistique. Dans le journal Gil Blas, il décrivit ainsi la salle numéro sept : « Des oseurs, des outranciers, de qui il faut déchiffrer les intentions, en laissant aux malins et aux sots le droit de rire, critique trop aisée. […] Au centre de la salle, un torse d’enfant et un petit buste en marbre d’Albert Marque […]. La candeur de ces bustes surprend au milieu de l’orgie des tons purs : Donatello chez les fauves ». Suite à cette publication du 17 octobre, la salle d’exposition numéro sept du Grand Palais fut surnommée « la cage aux fauves » par le public et par les journalistes. A l’issue de cet événement, le nom « fauvisme » resta dans l’histoire pour désigner ce courant artistique nouveau mené par Henri Matisse et André Derain.

II – Une brève histoire du fauvisme

1. La naissance du fauvisme

Le fauvisme prend sa source dans le pointillisme et son utilisation des couleurs pures. En 1899 parut De Delacroix au néo-impressionnisme, sorte de manifeste du pointillisme écrit par son chef de file, Paul Signac. En 1901, Henri Matisse rencontra Maurice de Vlaminck par l’intermédiaire d’André Derain. Il commença alors une amitié décisive entre les trois peintres, qui plus tard allaient former le noyau dur du courant fauviste.

Au cours de l’été 1904, Henri Matisse passa quelques temps avec Paul Signac, qui en profita pour lui apprendre les rudiments du pointillisme, ses techniques et ses principes. Fasciné par ce courant artistique et surtout par sa conception innovante de la couleur, Henri Matisse s’y essaya à travers le tableau Luxe, calme et volupté. Cependant, il trouva la technique du pointillisme un peu trop fastidieuse et contraignante et il abandonna vite l’idée de peindre comme Paul Signac. Par contre, il n’avait pas oublié les enseignements du peintre pointilliste au sujet des couleurs en peinture.

En 1905, Henri Matisse partagea ce qu’il avait appris avec son ami André Derain. Peu à peu, d’autres artistes gravitèrent autour d’eux, adoptant leurs idées. En 1905, le Salon d’Automne de Paris les fit connaître et leur donna leur nom de « fauves ».

Cependant, le mouvement fauviste ne dura que quelques années. Au fil du temps, chacun de ses représentant se tourna vers d’autres techniques et d’autres idéaux : Georges Braque fonda le cubisme avec Pablo Picasso, André Derain revint vers une peinture plus classique… Henri Matisse fut le seul artiste fauve à perpétrer la tradition fauviste jusqu’à la dernière de ses œuvres.

2. Les sources de la peinture fauviste

Le mouvement fauviste est né de la confluence de nombreuses influences.

A) L’IMPRESSIONNISME ET LE NÉO-IMPRESSIONNISME

Mené par Claude Monet, l’impressionnisme apparut aux alentours de 1874 et dura jusqu’à environ le milieu de la décennie 1880, moment à partir duquel le néo-impressionnisme et le postimpressionnisme prirent le relais.

Le mouvement impressionniste prit lui-même ses sources dans un traité scientifique sur les couleurs écrit par Eugène Chevreuil en 1839. Suite à cette publication, les peintres impressionnistes eurent l’idée de diviser les couleurs en n’utilisant que des couleurs pures, afin de leur donner plus de stabilité, plus de force, plus de lumière et ainsi améliorer les contrastes en peinture.

L’impressionnisme et, par la suite, le néo-impressionnisme ou pointillisme, furent donc les premiers mouvements picturaux qui mirent la couleur au centre de leurs préoccupation. En cela, ils ouvrirent largement la voie au fauvisme, qui lui aussi prônait l’utilisation de couleurs pures.

B) LE POSTIMPRESSIONNISME

Le peintre néerlandais Vincent Van Gogh, associé au postimpressionnisme, joua lui aussi un rôle clé dans la naissance du fauvisme, surtout du côté de Maurice de Vlaminck. En effet, en 1901, il exposa 71 de ses œuvres au sein de l’historique galerie Bernheim-Jeune et ce fut un véritable coup de cœur pour Maurice de Vlaminck, jeune artiste en devenir. Cette exposition montrait notamment plusieurs estampes japonaises, qui, avec leurs couleurs vives et leurs contrastes, inspirèrent les œuvres futures de Maurice de Vlaminck. Par exemple, La Partie de campagne (1907) est largement influencée par l’Œuvre de Vincent Van Gogh.

Un autre courant artistique associé au postimpressionnisme influença largement les fauves : le mouvement nabi. Avec pour chef de file Paul Sérusier, ce courant artistique est né en 1888. Cette année-là marque la collaboration de Paul Sérusier et Paul Gauguin sur le tableau Le Talisman, l’Aven au Bois d’Amour. C’est Paul Gauguin qui encouragea Paul Sérusier à se libérer des contraintes imposées par l’art classique au niveau des couleurs. Pour lui, le peintre n’était pas obligé d’imiter ce qu’il voyait. Il pouvait parfaitement choisir de peindre à l’aide de couleurs vives, qui serviraient une fin symbolique ou purement décorative. Cette idée fut largement reprise par les fauves.

D’ailleurs, les peintres du mouvement fauvistes ne cachaient pas leur admiration pour Paul Gauguin qui, bien qu’il ait initié le courant nabi, n’en faisait pas partie. Plutôt associé au postimpressionnisme, il était réputé pour ses tableaux aux couleurs très vives, peints avec de grands aplats de couleurs pures.

C) LES ARTS PREMIERS

A cette époque, les peintres français découvraient les arts premiers africains et océaniens par le biais de la colonisation. A Paris, les premières expositions d’arts premiers virent le jour, notamment lors de l’Exposition Universelle. Alors considérés comme laids, les arts premiers ont pourtant fortement influencé l’œuvre de Paul Gauguin, puis celle des fauves et ensuite des cubistes. On le voit notamment dans les portraits, dont les visages sont largement inspirés des masques africains, comme par exemple La Gitane d’Henri Matisse.

3. L’influence du fauvisme

Le fauvisme apparut en France mais par la suite, il se diffusa très vite dans le reste de l’Europe, de la Belgique à l’Italie, en passant par l’Espagne, la Hongrie et la République Tchèque.

Bien qu’il n’ait duré que quelques années (entre 1905 et 1910), le fauvisme eut également un impact très important sur l’art moderne. Il ouvrit la voie à d’autres courants artistiques qui, eux aussi, accordaient une place centrale à la recherche chromatique. Par exemple, Vassily Kandinsky et Kasimir Malevitch reprirent les idées du fauvisme et cela les mena à se poser des questions sur la place de la couleur en peinture et la nécessité de représenter la réalité telle qu’elle est. En poussant plus loin les recherches déjà commencées par les fauves, ces deux artistes furent parmi les premiers à pratiquer l’art abstrait.

III – Les principaux représentants du fauvisme

1. Henri Matisse

Né en 1869, Henri Matisse se destinait à une carrière dans le domaine du droit. Mais à l’âge de vingt ans, alors qu’il était à l’hôpital afin de traiter une crise d’appendicite, le jeune homme découvrit la peinture et décida de poursuivre dans cette voie. Il abandonna ses études et partit vivre à Paris, où il suivit les cours de l’Ecole des Beaux-Arts. Au cours de sa formation, il découvrit l’impressionnisme, les œuvres de Camille Pissarro et celles de l’Anglais William Turner.

Au tournant du XXème siècle, déjà fasciné par les couleurs, Henri Matisse rencontra André Derain. Il participa à plusieurs exposition et bâtit sa réputation, qu’il termina d’acquérir au Salon d’Automne de 1905. Célèbre en son temps, Henri Matisse est encore aujourd’hui considéré comme la figure majeure du mouvement fauviste. Parmi ses plus célèbres peintures, on peut citer Femme au chapeau (1905), La Desserte rouge (1908) ou encore La Danse (1910).

2. André Derain

Né en 1880, André Derain est considéré comme le fondateur du mouvement fauviste aux côtés d’Henri Matisse. Il étudia l’art au sein de l’Académie Carrière et c’est à cette époque qu’il rencontra Henri Matisse puis Maurice de Vlaminck. En 1905, il passa l’été à Collioure avec Henri Matisse et les deux artistes définirent ensemble les principes du fauvisme.

Fasciné par les arts primitifs africains, qu’il collectionnait, André Derain peignit des œuvres fauves jusqu’à son enrôlement au sein de l’armée au cours de la Première Guerre Mondiale. Après la guerre, il travaillera aux décors des Ballets russes de Serge de Diaghilev (pour qui travailla également Pablo Picasso) avant de se tourner vers une peinture plus classique.

Au cours de sa vie, André Derain a produit bon nombre de tableaux aujourd’hui très célèbres, dont Arbres à Collioure (1905) ou Le Pont de Charing Cross (1906).

3. Maurice de Vlaminck

Considéré comme l’un des peintres fauves au style le plus « violent », Maurice de Vlaminck se distingue par une manière de peindre très spontanée et une utilisation catégorique des couleurs pures, parfois appliquées directement depuis le tube de peinture. Né à Paris en 1876, il ne cachait pas son aversion pour les institutions d’enseignement artistique et les musées. Il apprit la peinture en autodidacte et eut un immense coup de cœur pour les œuvres de Vincent Van Gogh et les arts primitifs africains. Bien que fermement opposé aux expositions qui, selon lui, risquaient de rendre son art trop fade, il montra tout de même ses œuvres lors du Salon d’Automne de 1905, qui le fit connaître.

Parmi les peintures célèbres de Maurice de Vlaminck, on compte par exemple Restaurant de la Machine à Bougival (1905).

4. Raoul Dufy

Né en 1877 au Havre, Raoul Dufy étudia à l’Ecole municipale des Beaux-Arts du Havre avant d’emménager à Paris, où il s’inscrivit à l’Ecole des Beaux-Arts. Il commença sa carrière en peignant des paysages de la Normandie, en prenant exemple sur les œuvres impressionnistes qu’il admirait. Vers 1905, sa peinture connut un changement radical lorsqu’il découvrit les œuvres d’Henri Matisse. Lui aussi se mit à utiliser des aplats de couleurs vives dans ses œuvres.

Même si son style évolua par la suite pour abandonner l’« agressivité » du fauvisme, Raoul Dufy accorda une importance primordiale à la couleur jusqu’à la fin de sa vie. Parmi ses œuvres reconnues, on peut citer le tableau fauve Bateaux à Martigues (1908) ou l’œuvre plus tardive Fenêtre ouverte à Nice (1928).