Marché de l'art

Qu’est-ce que le marché de l’art ?

Le marché de l’art est trop souvent considéré comme réservé aux milliardaires ou aux collectionneurs, pourtant, aujourd’hui c’est un secteur ouvert et accessible à tous ! De l’art contemporain aux NFT, le marché de l’art a beaucoup fait parler de lui au cours des dernières années, grâce à des ventes historiques chiffrant à plusieurs millions de dollars. Si l’art existe depuis toujours, le commerce de l’art est, lui, relativement récent puisqu’il remonte à l’époque de la Renaissance. Comment a évolué la vente et l’achat d’art dans le monde et quels sont les caractéristiques et enjeux du marché de l’art à l’heure actuelle ? Découvrez tout ce que vous devez savoir sur le marché de l’art, de ses origines à aujourd’hui.

I – Le marché de l’art, qu’est-ce que c’est ?

S’il fallait donner une définition très brève du marché de l’art, on le définirait par le commerce de l’art. En effet, ce que l’on appelle communément le « marché de l’art » est en fait le système qui permet la vente et l’achat d’œuvres d’art dans le monde. Comme toutes les branches du commerce, ce système peut fonctionner grâce aux interactions entre les acteurs de l’offre (les artistes et les intermédiaires assurant la vente des œuvres) et ceux de la demande (les acheteurs privés tels que les collectionneurs et les acteurs publics tels que les musées).

Une définition plus précise évoquerait la distinction entre les deux principales branches du commerce de l’art : le marché privé et la vente aux enchères.

1. Le marché privé

Le marché privé de l’art repose sur les transactions de gré à gré, c’est-à-dire les ventes qui se font directement du vendeur à l’acheteur. Ces ventes se font sans aucune intervention d’un intermédiaire. Par exemple, le commerce d’une œuvre d’art entre un galeriste et un particulier relève du marché privé.

Parce que cette branche du marché de l’art est privée, son chiffre d’affaires total ne peut pas être connu précisément. Or, le chiffre d’affaires mondial et annuelle du marché de l’art regroupe toutes les transactions réalisées, dans le domaine public comme dans le domaine privé. Pour évaluer les transactions faites sur le marché privé de l’art chaque année, on procède alors à une estimation du chiffre d’affaires réalisé par les galeries d’art du monde entier. Pour cette raison, le chiffre d’affaires total du marché de l’art n’est pas une donnée exactement précise et elle est à prendre avec précautions.

2. La vente aux enchères

Sur le marché public de l’art, en revanche, il est possible de connaître avec précision le total du chiffre d’affaires réalisé par an. En effet, le marché public de l’art repose essentiellement sur la vente aux enchères, qui se déroule publiquement et dont les résultats sont par la suite publiés sur des supports officiels rendus accessibles aux experts du monde de l’art.

La vente aux enchères est un événement public et ouvert à tous. Cela signifie que tout le monde peut y participer, qu’il s’agisse d’une entreprise ou d’un particulier, d’un amateur d’art lambda, d’un collectionneur, d’un passionné ou d’un professionnel du milieu. La seule condition requise est celle d’être majeur.

En amont d’une vente aux enchères, le propriétaire d’une œuvre d’art souhaitant la vendre demande une estimation de son prix auprès de la maison de vente aux enchères. Celle-ci va estimer un prix minimum et un prix maximum pour l’œuvre d’art, en prenant en compte plusieurs critères tels que la renommée de l’artiste, la taille du tableau et son état de conservation. Ensuite, la maison de vente aux enchères va proposer au vendeur une date pour la vente. Si celui-ci accepte, les deux acteurs s’accorderont sur un prix de réserve, c’est-à-dire le prix minimum auquel pourra être vendue l’œuvre, qui ne doit pas être supérieur au prix minimum estimé par la maison de vente aux enchères.

Une fois que tout cela a été mis en place, la vente aux enchères a lieu. Elle est toujours dirigée par un commissaire-priseur qui va annoncer un premier prix (moins élevé que le prix de réserve). Les acheteurs présents lors de la vente aux enchères doivent renchérir avec un prix plus élevé. La vente se termine une fois que plus personne ne surenchérit. Si le prix de réserve n’a pas été atteint, l’œuvre est considérée invendue. Si le prix de réserve a été dépassé, elle est vendue à la personne qui a été la dernière à renchérir.

Avant la vente, le vendeur a la possibilité d’inclure dans le contrat une clause appelée « garantie de vente ». Cette clause stipule que si l’œuvre n’est pas vendue, la maison de vente aux enchères en deviendra propriétaire et devra verser au vendeur le montant de l’estimation de prix minimum. Si elle est vendue à un prix inférieur au prix de réserve, la maison de vente aux enchères s’engage à payer la différence à l’acheteur. En revanche, si l’œuvre est vendue à un prix supérieur au prix de réserve, cela profite à la maison de vente aux enchères, qui gagnera un certain pourcentage sur le prix de vente.

De son côté, l’acheteur souhaitant participer à une vente aux enchères devra se renseigner en amont pour connaître les dates des ventes aux enchères. Il pourra également feuilleter le catalogue d’œuvres d’art en ligne, sur le site de la maison de vente aux enchères. Ensuite, s’il veut participer à la vente, il devra tout simplement s’inscrire en ligne. L’acheteur a la possibilité de participer en étant directement présent dans la salle, ou bien par Internet ou par téléphone, grâce à l’intermédiaire d’un spécialiste qui, lui, sera présent sur place.

3. Les principales maisons de vente aux enchères dans le monde

Les trois plus grandes maisons de vente aux enchères dans le monde sont Sotheby’s, Christie’s et Phillips.

a) Sotheby’s

Pour Sotheby’s, l’aventure commença en 1744 à Londres, lorsque Samuel Baker mit en vente, sur un système d’enchères, près de 500 livres et manuscrits. Ensuite, il s’associa avec le commissaire-priseur George Leigh pour fonder une maison de ventes aux enchères entièrement dédiées aux livres. A la mort de Samuel Baker en 1767, son neveu John Sotheby reprit le flambeau, toujours aux côtés de George Leigh, et diversifia l’offre de la maison de vente aux enchères. Aujourd’hui, le catalogue de Sotheby’s est extrêmement varié : il va des livres aux œuvres d’art, en passant par la joaillerie et le mobilier. Le siège de Sotheby’s est aujourd’hui situé à New York, bien que l’entreprise ait des branches partout dans le monde (France, Suisse, Monaco, Italie…).

Sotheby’s est actuellement le leader sur le marché de l’art avec, en 2019, près de 33% de part de marché.

b) Christie’s

Christie’s fut également fondée à Londres, en 1766, par James Christie. A ses débuts, la maison de ventes aux enchères était connue pour ses ventes d’objets ayant appartenus aux familles aristocratiques ou royales d’Angleterre. Depuis, Christie’s s’est diversifiée. Elle vend toujours aujourd’hui des objets personnels ayant appartenus à des personnalités telles que la Princesse Diana et Napoléon Bonaparte ou à des artistes comme Vincent Van Gogh et Pablo Picasso. Mais surtout, elle vend aussi des œuvres d’art et des bijoux.

Christie’s se positionne en seconde place sur le marché de l’art avec, en 2019, plus de 25% de part de marché.

c) Phillips

Fondée en 1796 par Harry Phillips, cette maison de vente aux enchères est elle aussi née à Londres. Longtemps une entreprise familiale transmise de père en fils, Phillips fut revendue en 1999 au groupe LVMH. Aujourd’hui, elle se spécialise dans l’art contemporain, la joaillerie et le design.

Phillips est la troisième maison de vente aux enchères dans le monde avec, en 2019, près de 12% de part de marché.

II – Les acteurs du marché de l’art

Pour que le marché de l’art puisse fonctionner, il a besoin de différents acteurs : les artistes, les intermédiaires et, bien sûr, les acheteurs.

1. Les artistes

Sans les artistes, il n’y aurait pas d’art et il n’y aurait pas de marché de l’art. Les artistes sont donc un maillon indispensable à ce système de commercialisation de l’art. Il existe deux types d’artistes au sein du marché de l’art : les artistes cotés et les artistes non cotés.

La cote d’un artiste est, en quelques sortes, sa valeur. Pour établir la cote d’un artiste, les experts se basent sur les prix de ses œuvres précédemment vendues. La cote d’un artiste n’est pas un prix fixe, mais une valeur qui fluctue. Elle dépend de nombreux facteurs dont l’économie du marché, la concurrence, les ventes de l’artiste, le prestige de ses expositions et la renommée des collectionneurs qui le soutiennent. Ainsi, les artistes cotés sont tous les artistes qui ont déjà vendu de l’art, que ce soit dans une galerie (marché privé) ou lors d’une vente aux enchères (marché public). Mais chaque artiste n’aura pas la même cote. En règle générale, plus un artiste avance dans sa carrière, plus sa cote augmente.

Par opposition, les artistes non cotés sont ceux qui n’ont encore rien vendu. Ils en sont toujours à leur première vente et par conséquent, les experts n’ont pas encore pu établir leur cote.

La cote d’un artiste est un élément très important du marché de l’art puisqu’elle va directement influencer le prix des œuvres mises en vente dans le domaine privé ou dans le domaine public.

2. Les intermédiaires

Les intermédiaires sont tous les acteurs qui rendent la vente d’une œuvre d’art possible. Ils forment le maillon qui relie l’artiste et l’acheteur.

Ainsi, il peut s’agir des personnes qui vendent des œuvres d’art : les marchands d’art, les propriétaires de galeries d’art, les antiquaires, les courtiers, les commissaires-priseurs et tous ceux qui travaillent au sein de maisons de ventes aux enchères.

Il peut aussi s’agir des experts qui déterminent la cote d’un artiste ou le prix d’une œuvre d’art, puisque ceux-ci participent indirectement à la vente en déterminant la valeur de tel artiste ou telle œuvre. De même, les critiques d’arts sont eux aussi des acteurs indirects du marché de l’art, puisqu’ils ont une influence sur les prix des œuvres et puisqu’ils encouragent le public à acheter.

3. Les acheteurs

Les acheteurs sont le dernier maillon de la chaîne. Il peut s’agir de particuliers (des amateurs d’art, des mécènes, des collectionneurs…) ou bien il peut s’agir d’institutions (des musées, des fondations d’art…). A l’heure actuelle, il existe divers moyens pour un acheteur d’acquérir une œuvre d’art. Il peut se rendre dans une galerie, chez un antiquaire ou dans une boutique. Il peut acheter une œuvre directement auprès de l’artiste ou sur Internet. Et enfin, il peut participer à une vente aux enchères.

III – Petite histoire du marché de l’art

L’art existe depuis que l’Homme existe. Déjà, 30 000 ans avant notre ère, les Hommes de Néandertal gravaient les parois des grottes et réalisaient ce que l’on considère aujourd’hui comme les toutes premières œuvres d’art connues.

Cependant, bien que l’art existe depuis des dizaines de millénaires, il n’a pas toujours eu une valeur marchande ! Avant d’être commercialisé, l’art servait d’autres desseins. Il était un outil de cérémonies culturelles ou religieuses, un moyen de transmettre des histoires aux prochaines générations et même un instrument de propagande politique ou religieuse.

1. L’origine du commerce de l’art

C’est à la Renaissance que l’art devint pour la toute première fois un objet de transactions commerciales. Au XVème siècle, les nobles et aristocrates étaient largement influencés par les humanistes et leur intérêt pour l’héritage gréco-romain. Désireux de rassembler autour d’eux des trésors des glorieuses époques passées, ils commencèrent à adhérer à un concept inédit, celui de « collection ». Les plus riches accumulaient des objets antiques et anciens qu’ils réunissaient ensuite dans leur «cabinet des curiosités ». Bientôt, les œuvres d’art devinrent elles aussi de potentiels objets de collection.

Au départ, les collections d’œuvres d’art étaient exclusivement réservées aux membres de l’Eglise ou aux membres des familles royales et princières. Les œuvres d’art destinées à figurer dans une collection étaient alors acquises sur commande. Mais peu à peu, aux Pays-Bas et en Italie, les familles aisées de la bourgeoisie se mirent à leur tour à acheter des œuvres d’art pour les inclure dans leurs « cabinets des curiosités », les collectionner et les échanger. La collection d’art devint un moyen de montrer sa richesse

et peu à peu, une compétition naquit entre les différents acheteurs, faisant monter la demande et donc, en même temps, l’offre. Le commerce de l’art était né.

2. La naissance des maisons de vente aux enchères

Le XVIIème siècle vit apparaître les premières salles de vente, qui étaient en quelques sortes les ancêtres des maisons de vente aux enchères que l’on connaît aujourd’hui. Ces salles de vente permettaient aux marchands d’art de déstocker les œuvres qu’ils n’avaient pas vendues. C’est à Londres que cette vente fut pour la première fois soumise à une réglementation. La vente d’œuvres d’art fut ainsi réglementée sous la forme de ce qu’on appelle aujourd’hui vente aux enchères.

Dès le début du XVIIIème siècle, la maison de ventes aux enchères Dorotheum, toujours active aujourd’hui, fut fondée à Vienne. Au cours des décennies suivantes, d’autres célèbres maisons de vente aux enchères virent le jour : Sotheby’s à Londres en 1744, puis Christie’s, également à Londres, en 1766. Puis, le principe de la vente aux enchères s’exporta d’Angleterre à Paris. C’est aussi à cette époque que les premières critiques d’art firent leur apparition dans la presse française.

3. La naissance des musées

Après les collections privées apparurent les collections publiques. Au tournant du XIXème siècle, les musées commencèrent à exposer les œuvres d’art qui faisaient partie des fonds nationalisés. Ces fonds s’étaient construits grâce à l’achat d’œuvres d’art par les institutions publiques et auprès de marchands ou d’antiquaires. Aussi, les guerres et conflits entre les pays menèrent à la saisie du patrimoine, dont des œuvres d’art, qui elles aussi rejoignirent les fonds nationalisés. Pour accueillir ces fonds et les exposer au public, les musées d’art firent leur apparition : le Musée du Louvre à Paris, la National Gallery à Londres…

A la même époque, Paris devint bien vite l’un des centres du commerce international d’art, aux côtés de Londres, de New York ou encore de Berlin. Les acheteurs pouvaient acquérir des œuvres au sein de galeries d’art, auprès de l’hôtel des ventes de Drouot ou bien aux marchés aux puces de Saint-Ouen. Dans les années 1970, ce fut au tour de New York de devenir le centre du commerce de l’art.

Avec l’ouverture de musées partout dans le monde et l’arrivée de la seconde révolution industrielle, qui entraîna une augmentation du pouvoir d’achat des consommateurs, le commerce de l’art se démocratisa petit à petit.

4. La croissance des prix au XXIème siècle

A partir du début du XXIème siècle, les prix des œuvres sur le marché de l’art montèrent drastiquement. Cette flamboyante montée de prix peut être expliquée par une combinaison de divers facteurs.

D’un côté, la multiplication des musées et fondations d’arts contribua au rétrécissement de l’offre sur le marché de l’art. D’un autre côté, la demande ne faisait que croître. En effet, grâce à l’augmentation du pouvoir d’achat et un nombre de plus en plus élevé de milliardaires dans le monde, les acheteurs désireux de posséder leur œuvre d’art préférée, se firent de plus en plus nombreux. De plus, c’est à cette époque que l’on commença à investir dans l’art, achetant des œuvres dans le but de les revendre une fois que leur valeur avait augmenté. Ce système fit, lui aussi, accroître le nombre d’acheteurs, dans

un contexte de diminution de l’offre. Selon les lois de tout commerce, ce phénomène entraîna logiquement une augmentation des prix sur ce marché de plus en plus compétitif.

Durant la première décennie du XXIème siècle, le commerce de l’art transitait essentiellement entre les Etats-Unis, l’Angleterre, la France, l’Italie, l’Allemagne et Hong Kong. La Chine entra plus tard dans le commerce de l’art et devint très rapidement le nouveau leader sur le marché international, avec, en 2010, 33% des parts de marché !

Sur le marché public, certaines œuvres d’artistes très cotés se vendirent à des prix record, comme par exemple le Portrait d’Adele Bloch-Bauer I de Gustav Klimt (135 millions de dollars) ou le N°5, 1948 de Jackson Pollock (140 millions de dollars). En 2015, Les Femmes d’Alger, version « O » de Pablo Picasso marqua un nouveau record de vente lorsque la maison Christie’s l’adjugea à 179 millions de dollars. Puis, en 2017, Christie’s vendit une nouvelle toile qui battit les précédents records de prix : Salvator Munti, signée par Léonard de Vinci et adjugée à 450,3 millions de dollars.

IV – Le marché de l’art à l’ère numérique

1. Les avantages de la vente d’art en ligne

Le marché de l’art en ligne fit son apparition au cours de la première décennie des années 2000. A partir de ce moment-là, il connut une croissance très rapide. Cette croissance n’est pas étonnante quand on connaît tous les avantages qu’offre la vente en ligne pour les différents acteurs du marché de l’art.

D’abord, une présence en ligne est indispensable pour les artistes souhaitant se faire connaître dans le monde actuel globalisé. En effet, avec la vente de gré à gré, l’œuvre d’art est exposée dans un seul lieu et sa visibilité est limitée, à moins de dépenser une fortune dans la communication. En revanche, une œuvre d’art exposée sur Internet pourra être diffusée dans le monde entier avec pas ou peu d’efforts de communication. Cette solution représente une immense économie d’argent pour un artiste, mais c’est aussi un moyen de diffuser son art à un nombre illimité de potentiels acheteurs à travers le monde entier.

Pour l’acheteur aussi, la vente en ligne possède des avantages indéniables. Comme dans tous les autres secteurs du commerce en ligne, la vente d’art sur Internet facilite le processus d’achat. D’abord, l’acheteur n’est pas obligé de se déplacer en boutique, ce qui est souvent une source de découragement. Mais aussi, les sites Internet sont souvent intuitifs et faciles à lire, avec une description de l’œuvre et de l’artiste qui donne envie d’acheter. Enfin, il ne faut pas oublier que la vente par Internet pratique souvent des prix plus bas que la vente physique, puisqu’elle permet au marchand de réduire ses coûts sur certaines charges, comme la location d’un local ou le stockage des produits.

Pour les intermédiaires comme les galeries, la vente en ligne est ainsi synonyme d’une réduction des coûts, mais c’est aussi et surtout un moyen de diffuser son catalogue au plus grand nombre avec des frais de communication moindres.

La vente en ligne d’œuvres d’art est donc intéressante pour tous les acteurs du marché. C’est pour cette raison qu’elle a très vite séduit tous les maillons de la chaîne de vente, de l’artiste à l’acheteur.

2. Les différents canaux de vente en ligne

La vente d’œuvres d’art en ligne se fait via divers canaux. Ainsi, les acheteurs peuvent acquérir des œuvres d’art sur différentes plateformes de vente en ligne : les sites web des galeries d’art, les sites de vente aux enchères, les sites de vente de gré à gré, les sites web d’artistes ou encore les places de marché réunissant divers vendeurs (galeries d’art, maisons de vente aux enchères etc.).

De manière générale, on distingue deux catégories de vente d’art en ligne. La première inclut toutes les ventes dématérialisées qui peuvent être faites à n’importe quel moment sur une plateforme de vente. Dans ce type de vente, l’acheteur ne peut voir qu’une photo de l’œuvre et une description précisant certains détails tels que ses dimensions. Ces ventes dématérialisées sont faites via tous types de sites web : vente de gré à gré, galerie d’art, antiquaire, site personnel d’un artiste etc.

La seconde catégorie inclut les ventes aux enchères qui sont réalisées en temps réel. En effet, un acheteur peut décider de participer à une vente aux enchères via Internet. Pour cela, il se connectera au moment-même où aura lieu la vente aux enchères et il pourra suivre celle-ci en direct, comme s’il était sur place. Ce type de vente permet à l’acheteur de mieux visualiser l’œuvre dans l’espace puisqu’il assiste en direct à la vente de l’objet physique. Cependant, elle est moins flexible que la vente dématérialisée puisque l’acheteur doit se trouver à un endroit précis, à un moment précis pour pouvoir acquérir l’œuvre de son choix.

3. L’art numérique

Il ne faut pas confondre la vente d’art en ligne et la vente d’art numérique. Dans le premier cas, l’œuvre d’art est un objet physique et matérialisé qui existe quelque part, que ce soit dans l’atelier de l’artiste ou bien dans le stock d’une galerie d’art ou d’une maison de vente aux enchères. S’il est possible de l’acheter via Internet, elle n’en reste pas moins un objet physique que l’acheteur recevra ensuite en mains propres, que ce soit par livraison ou en la récupérant lui-même sur le lieu de vente rattaché au site web. En résumé, dans ce premier cas, l’œuvre d’art est physique mais le processus de vente est dématérialisé.

Dans le second cas, l’œuvre d’art elle-même est dématérialisée. Elle n’est pas tangible puisqu’elle est visible uniquement sur le web. En effet, une œuvre numérique a été créée non pas à l’aide de matériaux tels que le papier, le bois ou la peinture, mais à l’aide d’une interface ou d’un réseau numérique. Cependant, l’art numérique est vendu de la même manière que l’art physique en ligne, c’est-à-dire via des sites web et plateformes de vente d’œuvres d’art.

La principale limite de l’art numérique, pour les artistes comme pour les marchands, est qu’il n’existe que sur le web et peut donc potentiellement être très facilement copié. Pour éviter cela, une œuvre originale vendue en ligne est souvent authentifiée par un NFTnon-fongible token »). Le NFT est un système de jeton unique fonctionnant, comme le Bitcoin, sur le principe de la chaîne de blocs. Les NFT représentent une véritable révolution sur le marché de l’art en ligne puisqu’ils permettent de crédibiliser et de certifier le caractère unique d’une œuvre d’art numérique. Or, l’art numérique est sans aucun doute un secteur d’avenir du marché de l’art…

V – Le marché de l’art face au Covid-19

Si la mutation du marché de l’art du physique au numérique avait déjà commencé dans les années 2000, c’est lors de la crise sanitaire du Covid-19 qu’elle a connu la plus forte accélération.

En effet, suite à la fermeture des musées et d’un bon nombre de galeries d’art, les acteurs du marché de l’art craignaient une chute considérable du chiffre d’affaires en 2020. Cependant, la baisse de chiffre d’affaires réelle du marché de l’art fut beaucoup moins importante que celle qui avait initialement été prévue. En 2020, le marché de l’art a ainsi observé une baisse de 21% de son chiffre d’affaires par rapport à 2019, alors qu’on attendait un chiffre beaucoup plus élevé. Selon les experts, le marché de l’art a réagi très vite aux nouveaux défis introduits par la pandémie et en seulement un an, il est parvenu à rattraper un retard de près de trente ans sur les technologies numériques !

Les galeries d’art et musées étaient peu préparés à l’éclatement de la pandémie, mais en revanche, les maisons de ventes aux enchères se sont très vite adaptées à la nouvelle donne. En effet, les ventes aux enchères étaient déjà possibles par téléphone ou via Internet. Toutes les maisons de ventes aux enchères, dont les leaders Sotheby’s et Christie’s, se sont ainsi concentrées sur la vente aux enchères en ligne, grâce à l’ouverture de nouvelles salles de vente virtuelles.

Cette révolution n’a été que bénéfique pour les maisons de ventes aux enchères. Celles-ci ont effectivement pu éviter de trop grandes pertes de chiffre d’affaires mais surtout, elles ont pu se construire une large base de nouveaux clients. En effet, la génération des « millenials » (moins de quarante ans) était auparavant peu encline à se déplacer pour se rendre dans une salle de vente aux enchères et surtout, elle privilégiait déjà la vente en ligne dans bien d’autres secteurs que l’art. Aujourd’hui, avec les ventes aux enchères en ligne, les « millenials » sont plus nombreux à participer et il ne fait aucun doute que beaucoup resteront des clients fidèles même après la crise.

Aussi, l’émergence et le succès rapide des NFT ont profité aux maisons de vente aux enchères puisque ceux-ci ont permis des ventes exceptionnelles aux chiffres faramineux. En mars 2021, la maison Christie’s a vendu une œuvre numérique de l’artiste Beeple à près de 70 millions de dollars ! Depuis, l’engouement pour les NFT a été tel que l’on a constaté une explosion de ventes à plusieurs milliers, voire plusieurs millions de dollars. Ces ventes record ont permis de rééquilibrer la perte de chiffre d’affaires constatée au tout début de la pandémie par les maisons de ventes aux enchères.

VI – L’art contemporain, un segment d’avenir ?

Si les chiffres du marché de l’art sont souvent pris dans leur globalité, il est important de noter que dans la réalité des ventes aux enchères, le marché de l’art est segmenté en plusieurs catégories. Ainsi, on distingue les œuvres des Maîtres anciens, les œuvres du XIXème siècle, les œuvres d’art contemporain, les œuvres d’après-guerre et les œuvres d’art moderne.

Depuis le début du XXIème siècle, la part de marché de l’art contemporain n’a cessé d’augmenter. En 2000, l’art contemporain ne représentait que 3% du chiffre d’affaires du marché de l’art. En 2019, il en représentait 15%, derrière l’art d’après-guerre (24%) et l’art moderne (43%). En 2020, le marché de l’art contemporain aurait atteint près de 23% des parts de marché !

Si l’art contemporain rencontre aujourd’hui autant de succès, c’est grâce à plusieurs facteurs. D’abord, l’apparition des NFT et la pandémie de Covid-19 ont propulsé l’art numérique parmi les tendances du marché. Ensuite, certains artistes contemporains connaissent aujourd’hui une évolution fulgurante de leurs ventes dans le monde entier et par conséquent, ils représentent une certaine part du marché de l’art qui ne cesse de croître.

Parmi ces artistes, on peut citer Jean-Michel Basquiat, l’artiste le plus demandé sur le secteur de l’art contemporain, qui a réalisé au premier semestre 2021 près de 303,5 millions de dollars de chiffre d’affaires via les ventes aux enchères. Les œuvres de Jean-Michel Basquiat se vendent à des prix énormes : en mai 2021, son tableau In This Case a battu les précédents records de l’artiste en étant adjugé chez Christie’s pour 93,1 millions de dollars.

Second artiste le plus demandé sur le secteur de l’art contemporain, l’artiste anonyme et star du street art Bansky a réalisé un chiffre d’affaires de 123,3 millions de dollars au cours du premier semestre 2021. En octobre dernier, Bansky a réalisé un nouveau record de vente, grâce à son tableau-performance Love is in the bin, qui a été adjugé pour près de 34,3 millions de dollars.

Enfin, la vente historique du NFT de Beeple par Christie’s en mars dernier a également contribué à l’évolution positive de l’art contemporain sur le marché de l’art. Et il y a fort à parier que cette évolution fulgurante n’en est qu’à ses débuts…